20e National de Rodez : à 3 points près,
la performance serait devenue exploit
Les Aveyronnais Nogaret – Marragou – Costes poursuivent sur leur lancée des championnats. Ils atteignent le dernier carré du National de Rodez où ils mènent 10 à 7 face à Quintais – Robert – Le Dantec. Avant de s’incliner sur une mème de 6 carreaux allongés synonymes de 6 points.
20e anniversaire, une dimension supérieure
Jean Trébosc aimait les symboles qui avaient un sens. Pas étonnant dans ces conditions qu’il ait voulu marquer cette 20e édition – en réalité, ce n’était que la 19e puisqu’il y avait eu une année de mise en sommeil – d’une pierre blanche. Fini le National resté abordable tel celui qu’on avait eu la chance de partager, 3 ans plutôt, en disputant la finale contre les excellents Fumellois Cavalier, Rodriguez et Gonzales. Non, en cette année 1995, il y avait du lourd, du très lourd. Et au milieu des années 90 déjà, quand on voulait prétendre être tout en haut de l’affiche, il fallait que cette affiche contienne la couronne d’un roi, le « Roi Quintais » en l’occurrence. Avec sa cour, et notamment avec Jean-Luc Robert et David Le Dantec avec qui il faisait équipe, « Le Roi » était bien là. En positionnant son épreuve du 7 au 10 août, il faut avouer que le président Trébosc avait choisi la voie… royale, faisant ainsi de Rodez une véritable introduction de la « Quinzaine aveyronnaise » qui allait ensuite se poursuivre à Millau. Pour sa première apparition dans le chef-lieu, « Quintais and co » n’ont pas fait semblant. Demandez à leur adversaires des 4 premiers tours combien de points ils ont fait ? Réponse, zéro. Quatre fannys, rien de tel pour marquer d’emblée son territoire…

Des Aveyronnais qui rêvent de la Place de la Cité
Sur les 152 triplettes finalement présentes, les équipes venaient de tout le Grand Sud (Gironde, Hérault, Gard, Pyrénées-Orientales…) en général, mais de Midi-Pyrénes surtout (Lot, Tarn, Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne, Ariège et bien-sûr Aveyron). Les Aveyronnais n’avaient qu’un rêve. Celui de passer le cap de la première journée et avoir la chance de disputer les quart-de-finale en plein centre-ville de Rodez, sous les frondaisons de la Place de la Cité. Ce rêve, plusieurs d’entre-eux vont pouvoir l’exaucer. On pense par exemple au Creissellois Bernard Rouquayrol associé à l’Héraultais Jean Vitou et au Gardois Michel Maurin. On pense aussi à une formation 100% aveyronnaise, celle des Aubinois Marc Nogaret, Fernand Marragou et Cyrille Costes. Qualifiés pour les quart-de-finales, les Vice-Champions d’Aveyron en titre frappaient fort d’entrée en ne laissant que 3 petits points à leurs adversaires, les pourtant côtés Héraultais de Pèzenas et Béziers Krawczick, Roques et Pedrero.

Quintais, ce Roi malicieux…
Quintais contre Nogaret et Rouquayrol contre Vis, telles étaient finalement les affiches de ce dernier carré édition 1995. Nous sommes en fin de matinée et les ombres ne suffisent plus pour empêcher la chaleur d’investir le carré d’honneur de la Place de la Cité. Il faut dire que l’ambiance, elle aussi, est particulièrement torride tant les tribunes mais aussi les espaces debout affichent complets. Les équipes peuvent poser pour la photo souvenir, les bouchons des demi-finales de ce National de Rodez vont être lancés.

Sans doute impressionnés par la réputation de leurs adversaires, les Aubinois Nogaret, Marragou et Costes ont du mal à reproduire le jeu qui a été le leur en quart-de-finale. Si bien qu’ils sont rapidement menés 7 à 0. Ils doivent se dire que la « Dream Team » a peut-être décidé de conclure cette édition 1995 comme elle l’avait débutée la veille. C’est-à-dire sans laisser la moindre miette à leurs adversaires… Les Aveyronnais finissent pourtant par ouvrir leurs compteur point. Une ouverture du score qui sonna alors comme le début d’une rébellion. Concentrés et appliqués, les Aveyronnais hissent alors sensiblement leur niveau de jeu. Et comme leurs adversaires connaissent visiblement un petit de moins bien – Philippe Quintais enchaine 3 mènes où il ne frappe qu’une boule sur 2 -, c’est à une autre partie à laquelle les spectateurs ont droit. La partie s’éternise mais toutes les mènes vont maintenant dans le même sens. Les Vice-Champions d’Aveyron n’en finissent plus de marquer. Ils recollent d’abord au score, égalisent et prennent même les devants (10 à 7). Cela fait maintenant une éternité que la bande à Quintais n’a plus touché le bouchon. Le « Roi » va alors décider que la situation a assez duré. Le bouchon, il va le toucher. Mais pas de la façon dont on croit. La suite, c’est Cyrille Costes qui la raconte : « On vient de marquer et je décide de jeter le bouchon à plutôt longue distance. Je le mesure avec les pieds et je trouve aux alentours de 9,50 m. IL est amplement bon et donc je ne fais pas appel à l’arbitre pour juste confirmation de ce qui est une évidence. Je retourne au rond pour jouer ma première boule et là, dans mon dos, Philippe Quintais se baisse, ramasse le bouchon et vient me l’apporter jusque dans le rond. Surpris, je ne sais que dire. Quelques secondes s’écoulent. Faut-il polémiquer au risque de réveiller une formation qui n’attend peut-être que ça ? Je décide finalement de ne rien dire et de rejeter le bouchon. Et là, surprise, le bouchon, sans doute tombé sur une des multiples aspérités que présentent les cadres de la Place de la Cité, ne bouge quasiment pas et s’arrête à très courte distance, en tout maois de 7 mètres. Sans le savoir encore, les Aubinois viennent de donner raison à la malice du Roi Quintais. David Le Dantec commence par faire 2 carreaux allongés sur les 2 appoints de Cyrille Costes. Philippe Quintais en fait de même sur les boules de Fernand Marragou. Quatre points par terre, 2 boules à 2. Deux solutions. Soit Marc Nogaret se lance au bouchon mais il n’a qu’une munition pour le sortir. Soit les Aveyronnais misent sur le fait que Jean-Luc Robert, qui n’a pas encore tiré la moindre boule de la partie, peut très bien ne pas faire aussi bien que ses 2 partenaires. Il peut manquer, chiquer, taper mais ne pas cadrer… C’est finalement cette dernière option qui est choisie. Jean-Luc Robert frappe 2 fois et cadre 2 fois. 7 et 6 qui font 13. Le rêve a tourné au cauchemar. Pire que d’avoir pris Fanny ».
La « Dream Team » s’imposera en finale face à la triplette Rouquayrol – Vitou – Maurin sur le score de 13 à 7. Midi Libre pouvait alors titrer : « Quintais : Veni, Vidi, Vici ». On avait envie de rajouter : « Oui, mais à quel prix ». Le problème, c’est qu’à l’époque, on n’avait pas encore plongé dans l’univers du journalisme. On n’avait qu’un droit. Se taire et avaler la sardine… Mais il faut avouer qu’elle avait du mal à passer.

L’anecdote
Cyrille Costes à David Le Dantec : « Si, si on se connait. Cela fait 20 ans que tu me dois un coup à boire… »
La scène se passe il y a quelques années seulement dans les allées du Foirail d’Espalion, à l’occasion d’une édition de l’International de la Ville.

25 ans après, cette fin de de demi-finale contre Quintais a laissé des souvenirs indélébiles. Cette année-là, quand il serre la main des Aveyronnais, Philippe Quintais leur dit : « Les gars, comme vous avez pu le voir, on est crevés. Il nous tarde d’aller à l’hôtel, de prendre une douche et de nous allonger un peu avant la finale. De toute façon, comme on a partagé, vous viendrez voir la partie. Et quand on vous donnera les sous, on vous payera un coup à ce moment-là ». Les Aveyronnais ont vu la finale. La finale, Quintais l’a gagnée. Les sous, Quintais a donnés. Mais le coup à boire, Quintais n’a pas payé. Rien de grave, sans doute une simple histoire de circonstances.
Une vingtaine d’année plus tard, Cyrille Costes est à Espalion à l’occasion de l’Internation cher à Robert Costes. Le journaliste qu’il est alors devenu s’entretient alors avec le président derrière le graphique, sur les berges de la rivière Lot. La suite, c’est lui qui la rapporte : « On échange avec Robert quand arrive Bruno Leboursicaud. Robert fait les présentations, on se serre la main et Bruno reste parmi nous. Quelque minutes après, c’est un certain David Le Dantec qui s’arrête. Et Robert de dire « Je suppose que vous ne vous connaissez pas » et de faire de nouvelles présentations. A David Le Dantec qui répond « Non, non on se connait pas », je réplique gentiment : Si, si on se connait. Tu ne t’en rappelles visiblement pas mais ça fait plus de 20 ans que tu me dois un coup à boire… ». Et alors là, comme un blanc. Devant sa mine étonnée, pour ne pas dire déconfite, j’enchaine : « 1995, Rodez, place de la Cité, demi-finale du National triplettes, Le Dantec, c’est bien toi, avec Quintais et Robert, vous deviez nous payer un coup après la finale, on l’attend encore ». Devant l’air gêné de mon interlocuteur, je conclus : « Non mais ne t’inquiètes pas, je dis vrai mais je plaisante. Il n’y a rien de grave ». Pour la petite histoire, ce n’est pas pour ça que l’on a été invité, plus de 20 ans après, à partager le verre de l’amitié . Dommage, cela aurait été l’occasion de partager de bien beaux souvenirs ».
National de Rodez : en doublettes aussi, les Aveyronnais répondent présents
202 équipes ont finalement participé à ce National doublettes 1995. Comme ils l’avaient fait en triplettes, les Aveyronnais ont là su placer 4 de leurs joueurs dans le dernier carré. A ce stade-là, ni la doublette René Besombes – Jean Louis Alonso, finalistes, ni celle composée de Patrick Campredon – Jean Noté, cette dernière demi-finaliste, ne sont parvenues à remettre en question la suprématie de l’équipe internationale composée de Hervé Concedieu (Hanches) et du Belge Fabrice Bruyneel.

