Ces figures de la pétanque régionale

Jean-Claude Lagarde, ce « Coco » qui a choisi une autre politique

Cet intermittent de la pétanque a choisi une vie normale. Une vie qui laisse la pétanque à sa place, celle d’un jeu capable de provoquer d’énormes montées d’adrénaline. Sa profession dans la restauration ne l’a pas empêché d’être double Vice-Champion de France doublettes et triplettes en 1984, Champion de France triplettes en 1991 et Champion de France triplettes Promotion en 2018. Portrait d’un homme normal qui reste un joueur hors normes.

Jean-Claude dit « Coco » Lagarde. A 60 ans aujourd’hui, toujours le même regard franc qui n’empêche pas un petit sourire malicieux.

Faire le portrait d’un homme, qu’il soit pétanqueur ou non, que l’on connait peu n’est pas chose aisée. On aurait pu l’appeler, on sait qu’il aurait répondu. On aurait pu lui poser des questions et aborder le sujet sous forme d’interview. Aucun intérêt puisque tout, ou presque, a déjà été dit et écrit sur ce joueur que peu d’Aveyronnais, finalement, connaissent. Non, on a préféré aborder le sujet de manière plus personnelle en vous faisant partager les quelques souvenirs gardés de nos multiples mais brèves rencontres.

Il aurait pu faire du Foyot, du Quintais, du Rocher, du Lacroix ou encore du Robineau. Pour ne citer qu’eux. Il aurait pu voir la pétanque d’un autre oeil et la considérer de façon semi-professionnelle. Il aurait pu aller frapper à la porte de la mairie de Toulouse, il serait sans aucun doute ressorti avec un statut de sportif de haut niveau dans la mallette. Il aurait pu faire de la pétanque sa vie, il a préféré faire sa vie sans la pétanque. Ou presque. Il est comme çà Jean-Claude Lagarde. « Coco », il est différent. Et c’est cette différence qui fait son pédigrée. Un pédigrée qui a un nom. La classe, tout simplement.

Un double Vice-Champion de France à Saint-Aubin à Toulouse
« Coco » Lagarde, on aurait pu le croiser au milieu des années 80. Mais l’étudiant que j’étais en semaine à Toulouse redevenait Aveyronnais le week-end venu. Il a fallu attendre la fin de la décennie pour que nos chemins se croisent pour la première fois. C’était à Saint-Aubin, ce quartier du centre-ville de Toulouse situé à proximité immédiate du Canal du Midi. Nous sommes à l’automne 1988 et je suis dans l’attente de nouvelles obligations. Cette fois, plus militaires que vraiment universitaires. Je vis chez mes parents qui ont déménagé à Toulouse. Et Saint-Aubin est une des places les plus proches où l’on joue à la pétanque en semaine. Tout autour de l’église, il y a des pigeons, beaucoup de pigeons. Il y aussi beaucoup de papys. Mais il y a aussi des plus jeunes Guy, Richard, Paul ou encore Gérard. Il y a ceux qui viennent pour jouer et ceux qui viennent pour discuter. Bref, comme un lieu de vie dans ce village dans la ville.

En 1984 à Bastia, les Toulousains Ferran – Lagarde – Déjean, ici aux côtés d’Albert Blanc, le revendeur OBUT, ont été battus en finale par les Montluçonnais Rochelet – Voisin – Fazzino. Le problème, c’est 2 semaines plus tard, bis repetita, cette fois en doublettes sur la Comédie à Montpellier.

Et puis, de temps en temps, il y a « Coco » qui débarque. « Coco », c’est le barbu qui arrive à pied depuis « La Taverne Bavaroise », ce restaurant brasserie du boulevard de Strasbourg réputé pour sa choucroute, restaurant où il occupe un emploi de serveur. 4 ans avant, « Coco » Lagarde a donné une dimension nationale à une réputation jusque-là simplement haut-garonnaise. La même année en effet, en 1984, il a atteint les 2 finales des Championnats de France. Mais à 15 jours d’intervalle, deux fois le titre de Champion de France et le maillot tricolore lui ont tourné le dos. D’abord sur les terrains du Complexe Sportif de l’Arinelle à Bastia où, associé à Jean-Michel Ferrand et Daniel Déjean, il ne marque que 2 fois et ne fait que 5 points contre les Montluçonnais Christian Fazzino, Daniel Voisin et Alain Rochelet. Puis place de la Comédie à Montpellier où, malgré un honorable 17 sur 23 au tir (dont 2 carreaux), il ne peut pas faire mieux que 9 points contre les mêmes adversaire Fazzino – Voisin. « Coco » Lagarde et Daniel Déjean sont doubles… Vice-Champions de France. Quatre ans plus tard, son aura n’en a visiblement pas souffert. Quand « Coco » arrive, c’est tout Saint-Aubin qui s’arrête de jouer. Les boules sont posées, les mains sont serrées. Toutes les mains, celles qu’il connait mais aussi celles qu’il ne connait pas. Les chaussures brillent et la veste tombe comme la barbe, juste. Parfois, la discussion s’engage et la partie attend toujours. Sans doute parce qu’il estime que les boules posées au sol commencent à s’ennuyer, il se baisse et prend alors les premières venues. Elles sont grises, noires, petites, grosses, tendres, dures… Avec la main gauche, il tient la veste serrée. Avec le bras droit, il lance alors son double petit balancier. Et là, on comprend vite. 6 m, 8 m, 10 m, 11 mètres…, il continue à parler mais il n’y a bientôt plus de boules à bousculer. Alors ce sont les feuilles ou alors les cailloux qui jonchent le sol qui vont prendre les dernières cartouches. Le tout avec un flegme, une facilité et surtout une simplicité déconcertants. La classe au-dessus, tout simplement. La classe tout court.

1991 en Avignon, la classe récompensée

En 1991 au Complexe Châteaublanc d’Avignon, une Marsellaise pleine d’émotion. Sept ans après être monté deux sur la 2e marche, « Coco » Lagarde goûte aux joies de la première marche du podium.

Cette classe naturelle n’avait pas de vice. Le titre de Champion tout court ne pouvait qu’un jour lui sourire. Ce jour-là, ce fut un certain dimanche 30 juin 1991 en Avignon. Dans un Complexe de Châteaublanc envahi par quelque 5 000 spectateurs, il se pare du plus beau et du plus envié des titres, celui de Champion de France en triplettes. Avec Jean-Michel Ferrand et Philippe Rouquié, il monte sur la plus haute marche du podium et, maillot tricolore enfin sur les épaules, il a droit à une Marseillaise bien méritée. Restés dans les tribunes en espérant un sacre toulousain, mon frère Nicolas et moi sommes contents pour eux. Surtout pour lui d’ailleurs. Nous aimerions aller le féliciter mais la foule envahit déjà les abords du podium et des… 3 voitures qui viennent d’être offertes aux Champions. Les félicitations attendront cette semaine, à Toulouse, à Saint-Aubin…

Encore une fois, « Coco » Lagarde dégaine le premier…

Pour cet icône du restaurant brasserie « La Tarverne Bavaroise », le boulot est toujours passé avant les boules. Ce qui ne l’a pas empêché de gagner.

Mon frère étant déjà reparti sous les drapeaux, c’est seul, le lundi en milieu d’après-midi, que je débarque à Saint-Aubin. J’espère y saluer et y féliciter le tout nouveau Champion de France. A peine sorti de voiture, j’entends des applaudissements et des slogans « L’Aveyron, l’Aveyron… ». Les portables n’existent pas mais le téléphone arabe a bien fonctionné. Les papys et les autres sont déjà au courant et ils me félicitent pour ma place de 8e de finalistes à ce Championnat de France. Je me demande alors ce que ça va être quand c’est le barbu qui va débarquer. Ce jour-là, sans doute pris par des obligations auprès de son club du tour de ville « L’écusson », le barbu n’est pas venu. Il a finalement débarqué le lendemain, égal à lui même. Comme si rien ne s’était passé. A pied, les chaussures qui brillaient et la veste qui tombait juste. Comme d’habitude, Saint-Aubin s’est alors arrêté de jouer. Les mains se sont serrées, les félicitations se sont adressées. Quand on s’est serré la main, je n’ai pas eu le temps d’ouvrir la bouche. Une fois encore, c’est « Coco » qui a dégainé le premier : « Bravo petit Aveyronnais. 8e de finales ton frère et toi, c’est bien ». Le Champion de France qui félicite le 8e de finaliste, comme un monde à l’envers. Du « Coco » Lagarde tout craché. Humble, franc et sympa à la fois.

27 ans après, « Coco » renfile le maillot…

Guy Périlloux, « Coco » Lagarde et Stéphane Carrère, Champions de France triplettes Promotion 2018 à Sainte-Foy-La-Grande (Gironde).

Ce titre n’aura finalement pas changé le bonhomme qu’est Jean-Claude Lagarde. L’année suivante à Grenoble, il est présent au stade des 8e de finales et compte bien défendre son maillot (lire l’anecdote ci-dessous). C’était compter sans la triplette lozérienne composée de Daniel Monard, Christian Rocon et Edmond Rajcza qui tua vite le suspense (13 à 2). Une partie qui n’était en fait qu’un passage de témoin puisque, quelques heures plus tard, les Lozériens devenaient Champions de France en dominant en finale les Lot-et-Garonnais Cavalier, Rodriguez et Gonzales. Ces derniers ne nous sont pas inconnus puisque c’est contre eux que nous avons disputé, et perdu, la finale du National triplettes de Rodez de cette même année 1992 (voir un de nos articles précédents). Les années se sont ensuite écoulées. Plutôt sans qu’avec « Coco » Lagarde. La faute à un choix fait pour une vie normale par le bombardier toulousain. Une vie où boulot, toujours aussi prenant et contraignant dans la restauration, mais aussi et surtout famille auront toujours pris le dessus. Jusqu’à cette année 2018 où le garçon, alors âgé de 58 ans, ressort enfin de l’ombre. Et pas n’importe comment. 27 ans après après Avignon, c’est cette fois à Sainte-Foy-La-Grande (Gironde) qu’il retrouve un maillot tricolore à sa taille. En compagnie de 2 copains, Yannick Périlloux et Stéphane Carrère, il devient Champion de France en triplettes Promotion. Enfin, on dit 2 copains, ce sont aussi 2 bons joueurs de boules. La preuve, en 1992 à Grenoble, quand « Coco » Lagarde échouait finalement en 8e de finale, Yannick et Stéphane atteignaient le dernier carré du « France  » triplettes en compagnie d’un certain Christian Azema. Sacré « Coco », son regard malicieux ne le quittera décidément pas. On espère en tout cas les retrouver, lui, son regard et sa poignée de mains, très bientôt sur les terrains. Pourquoi pas dès 2021, à l’occasion notamment de Championnats Vétérans qui, comme tous les autres, se sont finalement débinés cette année.

Cyrille COSTES
Journaliste « Pétanque 12 »

L’anecdote

Quand détente, humour et décontraction riment avec… compétition

Les 27 et 28 juin 1992 à Grenoble, Jean-Claude Lagarde n’a pas fait que défendre son titre de Champion de France et le maillot tricolore qui va avec. A déguster avec modération…

Le Championnat de France triplettes 1992 débute plutôt bien pour les tenants du titre. Maillot Bleu – Blanc – Rouge sur les épaules, ils sortent de poules puis gagnent les 64e et 32e de finales avant de jouer la partie qualificative pour le lendemain. Il est sur le coup des 20 heures et Championnat de France ou pas, titre à défendre ou pas, un samedi soir à la pétanque c’est le moment de boire un petit apéro. A plus forte raison quand on est en train de disputer sa 5e ou 6e partie de la journée. « Coco » Lagarde commande et se fait livrer sur un plateau alors… 6 verres de couleur jaune en fond de cadre. Six verres parce qu’il n’y a pas de raison de priver les adversaires de ce petit plaisir. Vous avez dit gentleman, Monsieur Lagarde ?

Pour cet icône du restaurant brasserie « La Tarverne Bavaroise », le boulot est toujours passé avant les boules. Ce qui ne l’a pas empêché de gagner.

La partie s’arrête alors brièvement et les 6 joueurs savourent ce petit goût anisé. La partie reprend et les Champions de France l’emportent finalement se qualifiant ainsi pour les 8e de finale du lendemain matin. Le dimanche justement, il est prévu, comme c’est d’ailleurs très souvent le cas, que le Complexe Alpesexpo soit pris d’assaut et que les quelque 4 000 ou 4 500 places assises trouvent vite preneurs. Un contrôle est donc effectué aux entrées et il faut montrer patte blanche à savoir sortir sa licence. « Coco » Lagarde prend la file d’attente et attend son tour en sifflotant sans discrétion. A la main, pas de sacoche, une simple poche plastique de supermarché dans laquelle il a ses 2 boules. Championnat de France oblige parce qu’en principe, ce n’est ni dans une sacoche ni dans une poche, c’est dans une… chaussette que le bonhomme transporte son matériel. Son tour finit par arriver et le gardien prend visiblement ce type avec un blouson noir et une poche à la main pour un resquilleur. Il lui demande sa licence. Tout en gardant son flegme légendaire, le Champion de France en titre ouvre son blouson et montre son maillot Bleu – Blanc – Rouge au gardien en question. Et voilà comment « Coco » Lagarde a finalement été autorisé à accéder aux terrains intérieurs où vont se jouer ces 8e de finales.

Des souvenirs

Une seule partie ensemble et un mémorable « oui » à la gagne à Compans-Cafarelli

Direction l’indoor à la cité universitaire Daniel-Faucher
A Saint-Aubin, « Coco » Lagarde passait de temps en temps. Pour discuter, pour décompresser après une première partie de journée de boulot qui en appelait une autre, celle du soir. Rarement, il venait pour jouer. Ce jour-là, c’est un autre homme qui arrive. Toujours à pied mais pas en tenue de travail. Il est en survêtement et il a envie de jouer. Le problème, c’est que l’on a du mal à se trouver quatre pour la simple et bonne raison qu’il pleut. Une pluie fine mais permanente. Un quatrième gars arrive finalement mais pas question de jouer dans ces conditions. On décide alors d’aller sur un terrain couvert dans le complexe sportif Daniel-Faucher, rattaché à la Cité Universitaire éponyme, à 2 pas du Stadium. « Coco » monte avec moi dans la voiture et on discute de tout et de rien. Il me dit simplement : « La partie qu’on va faire, on va la jouer ensemble ». Je me suis pensé, « si c’est que ça, je te prends autant de fois que tu veux en voiture… ». Arrivés à Daniel-Faucher, effectivement on joue ensemble. Je m’applique pour essayer de ne pas être ridicule. Finalement, ce n’est pas une mais deux parties que l’on joue et que l’on gagne ensemble. Un bon souvenir.

Fin des années 80, alors que les « Trois jours de Saint-Pierre » ont déménagé à Compans-Caffarelli
C’est en 1987 que les « Trois jours de Saint-Pierre », poussés dehors par les travaux d’enlèvement du pont enjambant la Garonne, ont déménagé vers l’espace commercial Compans-Caffarelli, sur le tour de ville toulousain. Cette année, j’ai participé au National triplettes et, si mes souvenirs ne me trahissent pas, il me semble avoir perdu à la dernière partie du soir. Soit les 16e de finales. Le lendemain, le Toulousain que je suis alors est sur site pour assister à la suite et à la fin de l’épreuve. Je suis notamment une partie importante à laquelle participe « Coco » Lagarde. Et alors qu’il va pour tirer à la gagne, il arme avec son geste traditionnel. Je suis assis dans les tribunes pile en face la cible visée. Le tir est parti, la boule monte et là, j’entends un « Oui » haut et fort. Effectivement la boule est frappée. Une fois encore « Coco » a gagné. Mais je me dis qu’en plus d’être doté d’une adresse diabolique, il est habité par une confiance énorme. Parce ce que pour ce permettre de lancer ce genre de « cri », il faut quand même être sacrément sûr de soi. En tout cas, la démarche a un avantage. Elle permet de rassurer au plus tôt les partenaires qui n’ont pas besoin d’attendre que la boule tombe pour savoir qu’ils vont inscrire leurs noms au palmarès de l’épreuve.

En préambule de ce National, une exhibition en doublettes avait été organisée. Sur la photo, les 4 équipes demi-finalistes : les Montalbanais Gérard et Guy Lagarde, les Toulousans « Coco » Lagarde et Daniel Déjains ainsi que « Dédé » Galy et, enfin, la formation Georges Gayraud avec Jean-Luc Robert.


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