1998, année de mutation(s)
Mutation à pétanque mais aussi et surtout mutation professionnelle. Je quitte d’abord l’Oasis Pétan Club d’Aubin où j’étais licencié depuis 1995. Jean Noté, dit « Nounours », en fait de même avec la Pétanque des Embergues à Rodez. Nous décidons alors de faire équipe ensemble et prenons la licence à Villefranche-de-Rouergue. Mais 1998, c’est aussi et surtout un deuxième enfant avec la naissance d’Arthur, un fiston débarqué dans des circonstances mémorables… 1998, c’est enfin l’année d’une mutation professionnelle. J’abandonne certaines de mes interventions à la CCI de Rodez pour intégrer l’agence ruthénoise du journal Midi Libre.
Automne 1997. Ce dimanche, Jean Noté, avec qui je vais faire équipe la saison prochaine, m’a embauché. Pas pour aller jouer aux boules mais pour charger et transporter des cartons. Il reste à Age d’Aveyron mais a besoin d’un coup de main pour achever un déménagement dans sa toute nouvelle maison. Cet après-midi là, entre deux allers-retours, il est forcément question de pétanque. Mais pas seulement de pétanque. Jean est passionné par son boulot de journaliste et il en parle volontiers. Moi, qui interviens sur une dizaine de formations différentes à la CCI, je lui fais part de ma volonté de découvrir de nouveaux horizons.
« Passe voir le service des Sports »
L’information ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. « Nounours » commence à bien me connaître, il sait que j’aime le sport, le football en particulier, Il sait aussi que le titre pour lequel il travaille est, comme chaque année à la même époque, à la recherche de collaborateurs capable de rédiger des comptes-rendus des matchs du week-end. Ce qu’il ne sait sans doute pas, c’est que j’ai toujours préféré les chiffres aux lettres. Vous l’aurez compris, plus « Maths » que « Français » comme dirait l’autre. Alors Jean de lâcher : « J’en parlerai au service des Sports. Tu n’as qu’à passer nous voir dans la semaine ». J’y suis passé, mon profil a convenu, on a décidé de travailler ensemble. Cette collaboration avec le service Sports du quotidien Midi Libre a une première conséquence. Je vais forcément être moins présent sur les terrains de boules. Ma compagne, alors infirmière à l’hôpital de Rodez, a beau être en attente d’un heureux évènement, elles n’est pas encore en arrêt de travail. Les week-ends où elle travaille, j’ai donc la garde de Justine, bientôt 2 ans, à assurer. A Midi Libre, je suis en charge de la présentation mais aussi des compte-rendus des matchs et autres évènements du week-end. Cela fait déjà beaucoup. Cela va bientôt faire beaucoup plus.
Correspondance de la ville d’Onet-le-Château et page « Pétanque Hebdo »
Je me souviendra toujours de mon premier papier (terme journalistique signifiant « article »). Je devais faire la présentation du déplacement du Rodez Aveyron Football en championnat à Villefranche-sur-Saône, dans la banlieue lyonnaise. Pour une première, j’aurais préféré un plus petit sujet mais on choisit pas. Le rendu a du être satisfaisant car, très vite, les choses se sont accélérées. Le journal a du trouver un remplaçant au correspondant local de presse en charge de la ville d’Onet-le-Château, 4e bassin de population du département. Et dans la foulée a du trouver un rédacteur pour « Pétanque Hedo », cette page publiée de fin avril à début septembre et dont Midi Libre s’était fait une spécialité. Les deux missions me sont proposées. Je demande 2 jours de réflexion, histoire de quantifier la nouvelle charge de travail afin d e m’assurer que ce nouveau job soit compatible avec mes engagements à la CCI. Ce sera enseignement et formation jusqu’à 17 heures puis journalisme jusqu’à pas d’heure. Quitte à travailler la nuit puisque Mademoiselle Justine ne fait toujours pas les siennes et que, sa maman et moi, avons appris à être mobilisés quasiment 24 heures sur 24. Plutôt que d’arpenter les couloirs et autres escaliers de la maison en attendant que notre petite fille trouve enfin une heure de sommeil par-ci par là autant en profiter pour travailler. Bref, c’est une nouvelle vie qui commence.
Février 98 : parti pour un week-end détente à Millau, revenu avec le National B d’hiver en poche !
Cette nouvelle vie se fera avec forcément moins de pétanque au programme. Mes disponibilités sont moindres et, en plus, elles ne correspondent pas toujours avec celles de Nounours, à la fois nouveau partenaire de jeu le week-end et nouveau confrère professionnel en semaine. Qu’importe, j’ai fait un choix qu’il convient maintenant d’assumer. Par exemple, j’ai décidé de pas m’inscrire au IIIe National d’hiver de la Ville de Millau. Par contre, pour décompresser le temps d’un week-end, je propose à ma compagne de faire garder Justine par la mamie pour que l’on puisse passer deux jours en Sud-Aveyron. Histoire de faire les boutiques le samedi et de suivre les parties finales du National le dimanche.
Samedi 7 février au matin, départ pour Millau où notre priorité est d’aller réserver une chambre d’hôtel pour le soir. Nous passons la fin de matinée dans les rues du centre-ville avant de rejoindre le Parc de la Victoire en tout début d’après-midi pour assister au lancement de cette 3e édition du National d’hiver. Les grosses pointures annoncées sont bien là (Quintais – Suchaud – Robert, Passo – Foyot – Faré, Bartoli – Tartaroli – Allegrini, Castellan – Delys – Caciagli, Morillon – Maraval – Leca, Marigot – Pedrero – Vidal…) et elles ne tardent d’ailleurs pas à investir les cadres d’honneur aménagés dans cette salle des fêtes. Nous prenons place dans les tribunes et apprécions les belles premières mènes proposées par ces stars de la discipline. Sur le coup des 16 heures, alors que je propose à Cathy d’aller boire, nous croisons la route de Fernand Marragou et Louis Steis. Les deux Aubinois n’ont pas vraiment le sourire. Non seulement ils viennent de s’incliner d’entrée mais, en plus, ils ne vont pas pouvoir disputer le National B. Leur troisième, Yves Regimbeau, a décidé d’arrêter et le sociétaire de l’Oasis Pétan Club a d’ailleurs déjà rangé les boules. Louis et Fernand me demandent si je ne connais pas quelqu’un d’isolé mais trouver un joueur n’ayant pas disputé le National A reste compliqué. Ils me demandent alors si je pourrai pas les dépanner. Ce serait avec plaisir. Mais je me suis engagé à ne pas jouer, et même si ce n’est pas l’envie qui me manque, je compte bien tenir mon engagement. Ils insistent pourtant et Cathy ne tarde pas à débloquer la situation : « Si ça te fait plaisir, prends les boules. De toute façon, on avait prévu de rester jusqu’à la fin du week-end ». Et voilà comment, venu pour regarder, on se retrouve les boules à la main au sein d’une équipe que je connais bien. Fernand Marragou est le partenaire avec qui je joue le plus souvent. Et Louis Steis est un joueur que je connais bien et avec qui j’ai d’ailleurs fait les championnats huit ans plus tôt, en 1988. Les plus assidus lecteurs de cette rubriques « Souvenirs » se souviendront peut-être que cela ne s’était alors pas très bien passé. Mais beaucoup de choses ont changé depuis. J’ai grandi, j’ai gagné et il y a aujourd’hui un plus grand respect entre nous deux. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de rejouer ensemble et cela s’est toujours bien passé. Nous avons même gagné.
Si Yves Regimbeau avait su…
Mais gagner n’est pas spécialement d’actualité ce jour-là. Nous formons sur le vif une équipe qui va débuter un National qui regroupe près de 200 triplettes venues de la France entière. Nous allons surtout essayé de nous faire plaisir en produisant un bon jeu. En tout cas, j’en sais mes deux partenaires tout à fait capables. Les deux premières parties ne font d’ailleurs que confirmer cette réalité. Le tirage au sort nous épargne certes une confrontation avec des têtes de série mais peu importe, l’essentiel c’est que l’on soit encore en course à l’arrêt des parties. Nous évitons même les cadrages et nous voilà qualifiés pour les 16e de finales. A la reprise, nous continuons à bien jouer, à très bien jouer même. Mais nous n’avons pas vraiment le choix tant l’opposition s’est tout à coup renforcée. Pas suffisamment en tout cas pour nous écarter et nous finissons par nous imposer. Plus qu’une partie à gagner et nous aurions alors la chance de revenir le lendemain matin. Aussitôt dit aussitôt fait. Ou presque. Nos adversaires sont visiblement en dessous. Peut-être fatigués, ils ont du mal à nous barrer le route. Il n’y arrivent d’ailleurs pas. Il est un peu plus d’1 heure du matin quand nous nous qualifions pour les quarts-de-finale. Je me souviens que Fernand et Louis sont contents mais… embarrassés. Ils ne savent pas où aller dormir. En fait, le seul qui a réservé l’hôtel, c’est celui qui n’était pas venu pour jouer… Comme quoi, la vie est vraiment bizarre. Je savoure en tout cas cette belle performance. C’est en effet la 3e fois que je me qualifie avec Fernand Marragou pour une deuxième journée à Millau. Je pense alors aux deux huitièmes de finales jouées à l’occasion du Mondial d’été en triplettes en triplettes en compagnie de mon frère Nicolas. Je pense aussi à Yves Regimbeau qui ne doit pas être au courant. Quand il va apprendre ça, il va peut-être se mordre les doigts et regretter sa décision de ne pas avoir voulu disputer ce concours B.
En quart-de-finale, personne ne parle de partage
Dimanche matin, nous avons droit aux cadres d’honneur et sommes mes derniers Aveyronnais, concours A et B confondus, encore en course. Pour cette partie de quart-de-finale, nous sommes opposés à une équipe du Sud de la France, si je me souviens bien une triplette de la Ligue PACA. Ces joueurs ne nous connaissent pas et ils ont l’air sûrs d’eux. Leur attitude est en tout cas sans équivoque. Ils sont persuadés d’avoir hérité du bon tirage. Une rapide poignée de mains et voilà la pièce déjà lancée. Personne ne parle d’un éventuel partage, les choses ont le mérite d’être claires. La partie est tendue. Les mènes se jouent entre 9 et 10 mètres et Louis Steis, au tir, est sensiblement moins à l’aise que la veille au soir. Dans le meilleur des cas, c’est un coup sur deux et cela ne suffit pas vu le niveau de jeu de nos adversaires. Avec Fernand, on décide alors d’axer notre propre jeu sur l’appoint. C’est nous qui devons les envoyer au rond pour les faire tirer. La stratégie a du bon puisqu’on finit par l’emporter. Nous sommes en demi-finales et nos adversaires provençaux, pas sympas pour deux sous, vont boire à la fontaine.
Les Gardois puis les Héraultais avec une seule et même impression… celle que rien ne peut nous arriver
En demi-finale, le tirage au sort nous fait affronter trois joueurs venus du Gard voisin. Patrice Pibarot, Michel Arnaud et Philippe Kuenemann sont licenciés au Vigan et sont connus à Millau où ils viennent régulièrement disputer le Mondial d’été. Les prix sont partagés mais la partie se joue devant des tribunes qui affichent complet. Longtemps serrée, la partie finit par se décanter en notre faveur (13 à 8). Le résultat d’une prestation très convaincante. Personnellement, perdre en demi ne m’aurait pas tracassé outre-mesure. La performance aurait été louable et, de toute façon, les indemnités étaient partagées. Mais maintenant qu’on a su se hisser en finale, je n’envisage rien d’autre que la victoire, histoire d’inscrire une bien belle épreuve à mon palmarès. Mais comme je sens Fernand et Louis un brin fatigués, je m’emploie à les motiver encore et toujours. Surtout que la partie s’annonce tout sauf facile face aux joueurs de Lodève Yannick Savagnac, Fabrice Virebayre et Marc Charel. Les premières mènes me donnent raison. Eux aussi jouent visiblement pour gagner. Il faut jouer quasiment toutes les boules pour rester au contact. Même si j’ai cette impression que ce dimanche-là, rien de grave ne semble pouvoir nous arriver. La fin de partie ne fait qua confirmer cette tendance. Nous maintenons un excellent niveau de jeu alors que nos adversaires lâchent petit à petit prise. A quelques mètres des Champions de France Marco Foyot, Michel Passo et Jo Faré qui viennnent de prendre le dessus sur les Marseillais de Castellan, Delys et Caciagli, la victoire nous tend les bras et nous parvenons finalement à conclure (13 à 9). Avant de monter sur le podium, de recevoir le trophée et de poser pour la photo souvenir, je savoure ces instants magiques. Ces instants où l’on ne pense pas encore aux enveloppes qu’il va falloir partager, simplement au plaisir d’avoir remporté un National aussi huppé en terre millavoise. Un National B qui avait réuni 192 triplettes. Un National tout court que je n’aurais jamais du disputer…
Cyrille COSTES
Trois équipes aveyronnaises en 8e de finale du National A

Notre victoire dans le concours B ne doit pas occulter les performances des autres équipes aveyronnaises, notamment celles qui se sont hissées jusqu’en 8e de finale du National A. On pense à Eric Archimbeaud, Nicolas Salerno et Bernard Cerchi qui n’ont pas été gâtés par le tirage au sort. Après avoir réussi l’exploit de cortir les grandissimes favoris Philippe Quinatis, Philippe Suchaud et Jean-Luc Robert en 16e de finale, les Espalionnais ont trébuché face aux Champions de France Marco Foyot, Michel Passo et Jo Faré, futurs vainqueurs de l’épreuve. On pense aussi aux Millavois Jean-Luc et Didier Combes et Nicolas Bories battus par les Biterrois Roger Marigot, Christian Pedrero et Jean-Michel Vidal. On pense enfin à René Besombes, Romero et Poplin (Salles-la-Source) défaits par les Marseillais futurs finalistes, Bruno Castellan, Louis Delys et Alain Caciagli.
Des championnats à bien vite oublier
Même le 8e de finale disputé en triplettes à Rignac ne suffit pas à dissiper le sentiment de déception qui prédomine. Vivement l’an prochain.
Quand cela fait maintenant 12 ans que l’on tourne, chaque année ou presque, autour d’un titre départemental, on ne peut pas se contenter et se satisfaire de çà. Çà, c’est quoi ? C’est d’abord une défaite lors des éliminatoires en doublettes qui se déroulent cette année-là à Savignac, district de Villefranche. Ce jour-là, on joue très moyennement avec Jean Noté. Sans se donner suffisamment de marge au cas où. Et ce qui devait arriver arriva finalement en milieu d’après-midi, juste avant la partie qualificative. De cette partie disputée face aux Malevillois Da Costa et Jean-Paul Boulogne (aujourd’hui décédé), je retiendra surtout l’incident. Jean-Paul n’a pas apprécié, mais alors pas du tout, que je re-mesure un point derrière lui. Il ne s’est pas privé de me le faire savoir, je ne suis pas privé de lui répondre. A la fin, on ne se serre pas la main mais l’important est ailleurs. L »important, ce sont eux qui vont jouer la partie qualificative et qui vont finalement se qualifier pour la finale départementale à Réquista. Une finale départementale où les Malevillois ne remporteront pas la moindre partie. I-Une finale départementale où ce sont les jeunes Creissellois Nicolas Bories et Lionel Simoes qui seront sacrés d’Aveyron.
Après Savignac en doublettes, direction La Fouillade pour les éliminatoires en triplettes. Descendus de Rodez avec Jean, on y retrouve notre 3e homme, monté de Villefranche, un certain Patrice Hennequin. On y retrouve aussi un certain Jean-Paul Boulogne avec qui on se serre cette fois la main. Un geste purement diplomatique qui ne sert qu’à apaiser une ambiance plus que tendue. Sinon que retenir de cette journée ? Pas grand-chose tant notre niveau de jeu est moyen. Suffisant en tout cas pour se qualifier pour la finale départementale à Rignac. J’essaie de me forcer mais je crois pas à notre association avec Patrice Hennequin. Le proche avenir va malheureusement me donner raison.

Il y a d’abord cette finale départementale à Rignac. On sort de poule et on bat les Saint-Affricains de Boudes pour accéder aux 8e de finales du lendemain. Là, ce sont les Creissellois René Da Silva, Patrick Fialkin et Gaby Artal qui se dressent devant nous. Depuis le début du week-end, c’est la première véritable équipe qui nous est opposée. On va vraiment voir si notre triplette a quelques arguments à faire valoir dans ce genre de parties de championnat. En fait, on va rien voir. On déjoue complètement et on ramasse « Fanny ». Les questions se posent de plus en plus. A moi d’apporter la ou les bonnes réponses. En attendant, en charge du reportage pour Midi Libre, j’assiste à la fin de championnat avec la victoire des Creissellois Jean-Pierre Mas, Bernard Rouquayrol et Richard Fauvet sur d’autres Creissellois, ceux qui nous ont battus en 8e de finale.
Chez les féminines, ce sont les Sébazacoises Monique Arnal, Nelly Marcilhac et Marie Maurel s’imposent chez les féminines.

Les prédictions de Saint Marc
En cette année 1998, c’est finalement de l’épreuve en tête-à-tête que je garderai le meilleur souvenir. Qualifié pour la finale départementale à Réquista, je parviens à sortir de poule en battant notamment Manu LLaves. La victoire face à Jean-Claude Clerc me qualifie même pour les 8e de finale du lendemain. Le problème, c’est que le dimanche matin, sous le foirail à l’heure du café, c’est le journaliste qui est d’abord interpelé : « Moi, je sais qui va gagner ce championnat. Tu peux le marquer. Ce soir, c’est Hervé qui est champion ». Hervé, c’est Hervé Grès. Celui qui m’interpelle, c’est son ami et ancien partenaire, Marc Vergnol, que l’on n’a pas toujours connu aussi sûr de lui… « Peut-être, on verra bien. C’est tout le mal que je lui souhaite », répondis-je alors avant de partir jeter des boules. J’ai vite compris que je n’allais pas tarder à vérifier si ces pronostics tenaient la route. J’allais en tout cas tout faire pour les démentir puisque le tirage au sort des 8e de finales venait d’annoncer Costes contre Grès. Nos derniers face-à-face, notamment dans le cadre des circuits Midi Libre, ont toujours longs et très équilibrés et me sont plutôt favorables. Dans des conditions difficiles – il fait frais pour ne pas dire froid et les terrains du foirail sont exigeants, au point comme au tir, la partie est longtemps équilibrées. Hervé Grès réussiy à maintenir son bon niveau de jeu, moi je connais une petite mais fatale baisse de régime. Je m’incline logiquement à 8 ou 9. Il n’y a rien à redire, Hervé mérite sa victoire. Alain Mourino en quart, Gilles Billaut en demi puis Bernard Rouquayrol en finale ne feront finalement pas mieux que moi. Saint Marc… Vergnol avait bien eu raison . Ce dimanche de mi-septembre 1998 était bien le jour de Hervé Grès.
Ytrac, la goutte d’eau qui fait déborder le vase
Demain, dimanche, la France sera Championne du Monde de foot mais aujourd’hui, samedi 11 juillet, place encore à la pétanque et au National d’Ytrac. Je connais l’épreuve de nom, simplement de nom. Je n’y ai jamais participé boules en mains. Cette fois, ce sera le cas et c’est « l’équipe championnat » qui est au menu. Je viens de changer la Golf rouge par une Ford Escort blanche, voiture dite de démonstration dans une concession ruthénoise et je propose à Jean et à Patrice, en fait plus connu sous le nom de Toto, d’être leur chauffeur. Le trajet se passe bien et nous voilà arrivés dans un champ qui fait office de parc de stationnement. Nous sortons de la voiture, je n’oublie pas de fermer les portes, direction la malle pour enfiler la tenue pétanque et prendre les boules et autres chiffons. Sauf que je dépose les clés dans la malle et que, dans la foulée, je claque cette malle. L’erreur est commise. La malle ne peut s’ouvrir qu’à partir du poste de pilotage ou alors clés en mains. Les deux sont maintenant inaccessibles. N’ayant pas verrouillé la malle, j’étais persuadé avoir accès à une ouverture extérieure. Comme sur toutes les voitures que j’avais eues jusqu’à présent. Voilà, en tout cas, comment on se retrouve sans boules pour disputer le National ni vêtements pour passer la soirée. On s’affaire autour de la voiture, les « Cousins » alias les gens du voyage, sont de la partie. Chacun a son truc, chacun m’assure qu’il va me l’ouvrir, c’est sûr… les minutes passent, l’heure du jet du but se rapproche et toujours rien. Un sociétaire de Livinhac me propose alors gentiment d eme prêter un jeu de boules. Ça ne suffira sans doute pas mais c’est un bon début. Pendant tout ce temps, j’ai réfléchi à plusieurs stratégies pour la suite des évènements. On joue la première partie et on la gagne. Je demande alors à Jean qu’il me prête son téléphone et j’appelle ma compagne Cathy restée à Séveyrac avec Justine. Je lui explique la situation, je lui demande comment elle va, je cherche en savoir davantage sur son état de fatigue (je vous rappelle qu’elle est enceinte jusqu’aux dents et que le docteur a demandé le plus grand repos possible). Je lui fais alors part de l’idée que j’ai eue. Je compte reprendre à la route pour venir chercher les doubles des clés. Et je lui demande si elle se sent capable de faire la moitié du chemin. Pour faire simple, on pourrait se retrouver sur le coup des 20 h 15 – 20 h 30 tout en haut de la Côte des Estaques, à la sortie de Decazeville direction Maurs. Cathy n’avait visiblement pas prévu de devoir faire une centaine de kilomètres ce soir quand on sait la chaleur qu’il faisait. N’empêche, elle comprend l’urgence qu’il y a à trouver une solution et finit par accepter mon idée. Reste maintenant le plus compliqué, trouver quelqu’un qui accepte de me prêter sa voiture pour faire l’aller retour Ytrac – Decazeville, soit une une de kilomètres. Jean Noté a beau être journaliste depuis longtemps déjà, moi étant tout neuf dans le métier, cela fait plaisir de constater que l’on continue à avoir bonne presse auprès de pas mal de pétanqueurs. Ils sont en effet plusieurs à nous proposer leur véhicule pour la bonne cause et je n’ai plus qu’à choisir. Je dis ‘je » mais je devrais continuer à dire « nous » tant Jean et Patrice sont restés proches de moi depuis le début de la mésaventure. Tellement proches qu’ils refusent que je prenne le volant seul et et que je m’élance pour ce contre-la-montre quasi minuté puisqu’on doit être de retour à 21 h 30 dernier délai. Pourvu que le passage de relais, en l’occurrence la transmission du double des clés, se fasse normalement. On achète à manger et on prend la route sans tarder. « Alea jacta est ». Comme dirait l’autre, les dés en sont jetés. L’aller se passe vite et bien. On est dans les temps, tellement dans les temps qu’il nous faut patienter 5 minutes tout en haut de la côte des Estaques. Cathy finit par arriver. Un bisou et un merci plus tard (sans oublier le bisou à Justine), nous voilà repartis. Nous arrivons à Ytrac juste dans les temps. Le temps de passer à ma voiture, d’ouvrir enfin ma malle pour y récupérer mes boules et nous voilà sur le terrain où une partie est alors en cours. Nous avons en effet passé 2 tours et nous jouons actuellement notre 3e partie. Cette partie, on finira par la gagner. Comme on gagnera la suivante gagnant ainsi le droit de jouer un 16e de finale autant dire la partie qualifiant pour le lendemain.
Cette partie et la réflexion qui va avec, je m’en rappellerai toute ma vie. Alors que l’on est à la bataille, je perds une boule importante. Et Toto Hennequin de lâcher : « De toute façon, je le savais. Tu ne voulais pas remonter demain. C’est pour ça que tu n’as pas voulu faire le Natinal doublettes avec moi ». Se prendre ce genre de réflexion, de la part d’un jeune alors âgé de 25 ans, alors que l’on a su obtenir, de la part de sa compagne enceinte de plus de 8 mois, de l’aide, cela a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. J’ai répondu à Patrice : « J’espère que tu as bien savouré le fait de jouer avec moi ce National en triplettes. Ce n’est plus la peine que tu me demandes pour jouer. Toi et moi, c’est TER-MI-NE ».
Patrice Hennequin a sans doute cru que je disais cela sous le coup de l’énervement et de la fatigue, après une journée de juillet passée en plein soleil. Une dizaine de jours après, il y avait une soirée de ce Challenge des As auquel nous participions, la même équipe, à Clairvaux. Une sorte de Masters où l’on était inscrit à 3 mais où on jouait à 2. Ce jeudi soir, je vois débarquer Patrice, sans crier gare, à la maison. Depuis Villefranche, il avait poussé jusqu’à Rodez sans doute pour se faire excuser. IL en a été pour ses frais. Je lui payé le café et je lui ai dit que Jean Noté l’attendait sur les terrains à Clairvaux. Personnellement, je ne me sentais plus concerné par cette épreuve. Je crois que cette fois Toto avait compris. Jusqu’à que ses parents quittent Villefranche pour revenir dans leu Est Natal, il ne m’a jamais plus demandé pour jouer.
Grand-Prix de Drulhe, Jaliès – Loudières ou quand la doublette devient un duo de gentlemen
A pétanque, il y a les mange-merde, les faux-culs, les jaloux, ceux qui manquent de savoir-vivre et de respect et les autres. Si l’on parle plus souvent des premiers, c’est tout simplement qu’ils sont largement les plus nombreux. Mais les autres existent aussi. Il faut avoir la chance de les rencontrer, savoir s’en rendre compte et, surtout, savoir apprécier.
ll y a 20 ans de cela, Richard Jaliès et Bernard Loudières formaient une des équipes phares de la Région. Et le département de l’Aveyron constituait forcément un terrain privilégié pour ce joueur originaire du Lot pour le premier et du Cantal pour le second. Nous les croisions donc très régulièrement et, sans qu’ils soient des copains, on pouvait parler de respect mutuel. IL nous arrivait d’ailleurs de tomber contre eux. Cela avait d’ailleurs été le cas, 2 ou 3 ans auparavant, ici même à Drulhe. C’était lors de la 1ère partie du traditionnel Grand-Prix et je jouais cette fois-là avec Claude Guilhem. Il y a avait eu une superbe partie, disputée en terrain libre sur l’espace pentu et goudronné à proximité de l’église. Je crois bien que Claude n’avait pas manqué une seule boule… jusqu’à cette fameuse dernière mène. Forcément dernière mène puisque le score est de 12 à 12. Avec mes 3 boules, je fais jouer les 6 munitions adverses. L’adversaire regagne le point avec sa dernière boule. Claude a donc 3 boules pour tirer à la gagne. Lui qui n’avait pas manqué de la partie va alors manquer triple offrant ainsi la victoire à la doublette Jaliès – Loudières qui, plusieurs heures plus tard, inscrivait son nom au palmarès de ce Grand-Prix.
Ce 1er août 1998, je joue avec Eric Courtois et, chose assez rare pour être soulignée, nous avions su enchainer ce jour-là les parties à la vitesse Grand V. 86 doublettes participaient au Grand-Prix de Drulhe et, à l’arrêt des parties de 19 h 30, nous bouclons une 3e victoire consécutive. Tant et si bien qu’ayant sauté les cadrages, nous sommes déjà en quart-de-finale. Voilà qui mérite bien un petit apéro qui sera particulièrement apprécié tant l’après-midi a été chaude ce samedi-là. Direction donc « Chez Gaston », l’emblématique bistrot du village et alors qu’Eric passe commande, je demande à utiliser la ligne téléphonique. Je veux prendre des nouvelles de Cathy que j’ai déposé, en descendant de Rodez, chez ses parents qui habitent à Roussennac, village voisin de Drulhe. Et alors que je lui annonce que nous sommes, Eric et moi, en quarts-de-finale, elle m’informe, elle, qu’il serait plus prudent que je vienne la voir, histoire de décider si le moment n’est pas venu de rallier la maternité de Rodez. J’explique la situation à Eric Courtois, je lui demande de rester au bar « Chez Gaston » pour pouvoir le joindre par téléphone (çà, çà n’a pas posé de problème !) et je fonce direction Roussennac. Arrivé chez mes beaux-parents, j’ai vite compris. Cathy a visiblement des premières contractions et si les choses vont aussi vite que pour notre première fille Justine, il vaut mieux ne pas tarder à rejoindre le chef-lieu. J’appelle de suite « Chez Gaston ». Comme prévu, Eric n’a pas bougé et je lui explique que je ne serai pas là à la reprise des parties à 21 h 30. D’après ce qu’il a compris, nous aurions du affronter Richard Jaliès et Bernard Loudières en quart-de-finale. Je repense de suite à l’épisode évoqué ci-dessus mais je dois vite oublier l’espoir de revanche, ce ne sera pas pour ce soir. Je dis simplement à Eric de leur expliquer la situation, les 2 garçons comprendront bien mon absence. Pour moi, la déception est vite passée. Je vais peut-être être papa pour la 2e fois et, je suis le seul à le savoir, ce sera d’un petit Arthur. Arthur a finalement pris son temps. Il a fait souffrir sa maman comme pas possible avant de débarquer sur le coup des 3 heures du matin en ce dimanche 2 août 1998. Arthur a aujourd’hui 18 ans et demi. Et quand il me dit que la pétanque, c’est vraiment pas son truc, je lui réponds que je n’ai pas attendu aujourd’hui pour m’en apercevoir. Quand on débarque plus tôt que prévu le soir où son père va disputer un quart-de-finale d’un Grand-Prix , c’est qu’on est sans doute fait pour un autre sport. Et, en quelque part, tant mieux !
Dimanche matin après un semblant de repos, j’appelle Eric Courtois pour lui apprendre la naissance d’Arthur et pour lui demander comment cela s’est passé la veille au soir à la reprise des parties. IL m’explique que Richard et Bernard ont tout à fait compris et accepté les raisons de mon absence. Et que, sans qu’on leur demande quoi que ce soit, les 2 garçons ont proposé de partager tout jusqu’au bout avec la doublette Costes – Courtois qui aurait du être son adversaire. Après avoir disposé des Aveyronnais Archimbeaud et Nicolas Bories en demi, Jaliès et Loudières l’emportaient finalement cette année-là en disposant en finale de la doublette Christophe Lagarde et Clément Sancerni.
Ce geste de partage intégral était tout sauf obligé. Il marque en tout cas une certaine forme de savoir-être et de savoir-vivre qui méritait d’être signalée dans la page « Pétanque Hebdo » que j’écrivais dans Midi Libre. Le jeudi suivant, ils ont ainsi eu droit à quelques lignes dans la rubrique « Les pieds dans le rond ».





