Le Figeacois Rabassa nous serre… 2 fois la main !
La scène se passe à la fin des années 80, à la salle des fêtes de Figeac qui, chaque année à l’occasion de la traditionnelle Coupe de Noël qui réunit plus d’une centaine d’équipes.
C’était à la fin des années 80. A l’époque où les boulodromes couverts n’existaient pas encore, ni en Aveyron ni dans le Lot. Les voisins de Figeac avaient solutionné ce problème. Grâce à la salle des fêtes de la Ville, la Pétanque Figeacoise organisait une Coupe de Noël qui accueillait plus d’une centaine d’équipes. Un rendez-vous que l’on ne manquait, nous Villefranchois, pour rien au monde.

Cette année-là, je fais équipe avec « Domi » Souyri et Thierry Ortalo. Pour être honnête, il s’agit davantage d’une triplette de copains que d’une formation qui va se battre pour la gagne. Mais bon, on ne sait jamais. L’espace est un palais propice au tir de rafle et c’est quelque qui me plait et que je maitrisais, à l’époque, plutôt bien. Le nombre de terrains est souvent insuffisant et il faut souvent attendre son tour. Cette année-là, on a la chance de jouer et de gagner les 2 premières parties. Avec un peu de chance, on pourrait même être libérés et n’être re-convoqués que pour la reprise des parties à 21 h 30. Ce n’est finalement pas le cas. Il est 18 h 15 ou 18 h 30 et nous sommes appelés pour jouer la 3e partie contre une des vedettes locales. Une vedette que l’on connait bien pour avoir souvent joué contre lui et qui s’appelle Antoine Rabassa. Le déjà papy lotois, l’homme au balancier si caractéristique, joue ce jour-là avec son fils. On sait la famille un brin nerveuse et capable de monter vite dans les tours. Eux aussi nous connaissent bien. Ils craignent surtout Dominique Souyri, le plus capé de nous 3. La partie démarre et, très vite, les Figeacois prennent le dessus. Ils jouent mieux que nous, tout simplement. Ils partent devant au score et font même le break (8 à 3). La mène qui se présente alors pourrait être la dernière ou presque. On ne réussit rien et les locaux sont partis pour nous assommer définitivement. Résultat, ils réussent leur coup et il font 4 points. 8 et 4 qui font 12, 3 à 12.

A ce moment-là, Antoine Rabassa, tout sourire après la leçon qu’il vient de nous donner – il s’agit bien d’une leçon – vient nous serrer la main. Il pense en effet avoir gagné. Un (très) petit instant de doute mais on garde nos mains dans les poche : « Non, non, 9 et 4 qui font 13, on avait 9 au score », lance alors Antoine Rabassa. On essaie de lui expliquer que non, il n’avait pas neuf mais bien huit. Et on commence à refaire les mènes. Son fils intervient alors : « Non papa, ils ont raison, on n’avait que 8 au score. On n’a pas gagné. Cela fait bien 12 à 3 ». Ce petit incident a eu le mérite de nous réveiller. Nous marquons la ou les mènes qui suivent et, à 19 h 30 à l’arrêt des parties, le score est de 6 à 12. Nous quittons rapidement le site, direction le restaurant de La Poste où nous avons habitudes et nos repères. Dans la voiture, on parle évidemment de la partie en cours. Arrivés au restaurant, direction les toilettes pour le lavage des mains et là, sans s’être donnés le mot, nous allons tous les 3 directement à table. Pendant le repas, on parle de tout et de rein. De la partie mais pas que de la partie. D’un coup, un des 3 dit : « Au fait, on n’a pas bu le moindre apéro aujourd’hui ». Incroyable comment le contexte d’une partie pouvait à lui seul remettre en cause des habitudes qui étaient pourtant particulièrement bien ancrées chez nous… Bref, nous repartons sans tarder de manière à bien préparer notre début de partie. A la reprise, la partie n’est plus la même. Comme libérés, nous sommes méconnaissables. Nous l’emportons finalement 13 à 12 et là, je tends la main à Antoine Rabassa : « Voilà, maintenant, tu oeux me la serrer la main ! ». Papy Rabassa pouvait bougonner comme il le faisait si souvent et surtout si bien. La messe était dite.