Retour sur la carrière de Jean-Louis Alonso

Le « Juani » ou le « Chícharo« , c’est du pareil au même, c’est lui le mal-aimé !

A 75 ans, le Bassinois a sans doute mis fin à sa carrière de pétanqueur. Une carrière qui aura duré plus d’un demi-siècle et qui lui aura permis de remporter 14 titres de Champions d’Aveyron, 1 titre de Champion Midi-Pyrénées et, cerise sur le gâteau, de disputer en 2022 un quart-de-finale de Championnat de France en triplettes vétérans. Retour sur le parcours hors normes de ce voyageur au long cours et de ce compétiteur-né au caractère bien trempé qui lui aura valu nombre de disgrâces.

Jean-Louis Alonso sacré à de multiples reprises meilleur joueur aveyronnais.

« Mal aimé, je suis le mal-aimé »… Le refrain de la chanson d’un certain Claude François doit résonner en boucle dans la tête de celui qui, à l’âge de 75 ans , a été rattrapé par des ennuis de santé. Des soucis vraisemblablement synonymes de fin de carrière pour celui qui restera, quoiqu’on dise et qu’on en pense, un des meilleurs joueurs de ces 50 dernières années en Aveyron. A l’image des Catusse, Lafon, Senezergues, Mourino, Marragou, Archimbeaud, Salerno, Routaboul, Rouquayrol et autre Diaz, pour ne citer qu’eux, Jean-Louis Alonso aura su faire preuve d’une longévité exceptionnelle assorti d’un palmarès pour le moins impressionnant. Sacré à de multiples reprises meilleur joueur aveyronnais au classement annuel départemental, vainqueur de nombreux Nationaux et autres Grand-Prix, celui qui est né et a grandi dans le Bassin de Decazeville s’est paré de quelque 14 titres départementaux (en triplettes, triplettes vétérans, triplettes mixtes, triplettes mixtes vétérans, en doublettes et en doublettes vétérans). Sacré au moins 8 fois Vice-Champion de l’Aveyron (3 fois en triplettes, 2 fois en doublettes et 3 fois en tête-à-tête), le « Juani » ou le « chícharo« , comme l’ont vite surnommé les gens du Bassin, n’a finalement défailli que dans une seule spécialité, le tête-à-tête. Une spécialité à laquelle son caractère de compétiteur-né et sa mentalité d’individualiste forcené semblaient pourtant lui aller à ravir.

IL a joué avec les plus grands, a gagné avec les plus nombreux
En 1975, il n’est âgé que de 26 ans quand il fait déjà preuve d’un bel opportunisme pour inaugurer un palmarès aujourd’hui devenu un des plus étoffés des joueurs aveyronnais. Profitant du départ d’un certain René Senezergues, il s’associe avec les Champions de France et Vice-Champions du Monde Jean-Claude Catusse et Christian Lafon pour décrocher son premier titre départemental. Sous les couleurs du Trépalou Pétan Club, cette association ne va pas faire long feu. La preuve, 2 ans plus tard, et toujours sous les couleurs du Trépalou Pétan Club, c’est cette fois accompagné de Patrick Barriac et Lucien Arsenief qu’il échoue en finale du même championnat triplettes contre… Catusse et Christian et Jean-Claude Mourino. Son mauvais caractère et ses difficultés à jouer en équipe en faisant souvent preuve de manque de tolérance et de solidarité lui sont alors déjà reprochés. La valse des partenaires ne fait alors que commencer, celle des clubs également. Mais de Trépalou à la Fraternelle Pétanque Le Gua, en passant par le PC Cransac, la Gare Aubin ou encore la Fanny Drulhoise, les victoires avec les Yvan Segond, Gilles Billaut, les frères Hortélano ou encore les époux Bos prouvent que le talent finit souvent par l’emporter.

En 2009, Champion d’Aveyron triplettes mixtes avec Patrick et Dominique Bos sous les couleurs de la Pétanque Gare Aubin.

Fin des années 80, la parenthèse villefranchoise
Les années passent mais les difficultés à monter une équipe sereine et durable persistent. En 1986, Jean-Louis Alonso va même quitter son Bassin natal pour aller essayer de faire « fortune » ailleurs. Ailleurs, c’est le secteur voisin de Villefranche où il décide de tenter l’aventure avec un autre transfuge, le « Montalbanais » Louis Steis. Les deux hommes se sont en effet laissés séduire par les ambitions d’un certain Alfred Sigari. L’ancien libraire de la Bastide du Rouergue s’est en effet transformé en cafetier et a fait de son nouvel établissement le siège d’une nouvelle société, la Boule du Petit Languedoc. Ce coup d’essai a bien failli être un coup gagnant. En doublettes en tout cas puisque lors de la finale départementale disputée à Camarès, la paire Alonso – Steis atteint la finale avant d’être battue par de vieilles connaissances, les « Decazevillois » Bruno Bousquet et Alain Mourino. En triplettes par contre, les promesses corses de Sieur Sigari ont fait plouf. Dès l’année suivante, les Vice-Champions doublettes en titre décident de rajeunir leurs troupes en se rapprochant d’un certain… Cyrille Costes, Villefranchois alors âgé de 21 ans. Là aussi, l’expérience a été de courte durée et a même failli ne pas exister. Une défaite en première partie d’un concours de préparation en terre capdenacoise face aux solides Dominique Souyri, Johnny Steis et Marc Nogaret a en effet mis le feu d’entrée dans la nouvelle triplette. Par défaut, les championnats ont quand même été disputés, la qualification pour la finale départementale de Bozouls ayant finalement été validée. Une défaite en 8e de finale plus tard, la formation avait déjà vécu. La 3e année fut finalement la bonne. Dans le carré du Parc de la Victoire à Millau, cette fois associé à un autre ancien Decazevillois alias Bernard Alary, Steis et Alonso sont sacrés Champions d’Aveyron triplettes 1988 sous les couleurs de la Boule Relax de Villefranche. Là aussi, il n’y aura pas de suite. La perte du titre, en 1989 sur les terrains sablés de Saint-Eloi à Rodez, mettra en effet fin à l’aventure villefranchoise et à la triplette Steis – Alonso – Alary.

Entre Bernard Alary et Louis Steis, le sociétaire de la Boule Relax à Villefranche Jean-Louis Alonso est sacré Champion d’Aveyron triplettes 1988 au Parc de la Victoire à Millau.

2002, l’année de référence, 2022 celle du dernier coup d’éclat
20 ans. Vingt ans d’écart entre l’année de référence et celle de la sans doute dernière grande performance. En 2002 sous les couleurs du Pétan Club Cransacois, le « Juani » décroche en effet 3 titres départementaux majeurs. En doublettes avec Gilles Billaut, en triplettes avec les frères Didier et Francis Hortélano et en triplettes mixtes avec Karine et Didier Hortélano. Deux décennies plus tard, à 73 ans, il est encore et toujours là et devient Champion d’Aveyron en triplettes vétérans avec ses collègues de la Fraternelle Pétanque Le Gua Antoine Corceiro et Michel Couderc. Dans la foulée, il dispute même les quart-de-finales du Championnat de France de la spécialité. Entre temps, il avait même été Champion de la Ligue Midi-Pyrénées 2009 en triplettes vétérans à Pamiers avec ses partenaires du Pétan Club Cransacois Alain Delagnes et Christian Lafon.

Alain Delagnes, Jean-Louis Alonso et Christian Lafon, Champions de Ligue Midi-Pyrénées en triplettes vétérans en 2009.

Si il est l’un des joueurs aveyronnais ayant le plus de participations aux Championnats de France à son actif, Jean-Louis Alonso dut attendre le crépuscule de sa carrière pour réaliser une vraie performance. Les 6 et 7 juillet 2022 à Ax-les-Thermes, les Champions d’Aveyron sociétaires de la Fraternelle Pétanque Le Gua réussissent la performance de se qualifier pour les quart-de-finale de ce Championnat de France. Auteurs d’un mauvais début de partie, sans doute gênés par les 3 cartons jaunes attribués par la corps arbitral, ils s’inclinent finalement (6 à 13) face aux joueurs des Pyrénées Atlantiques. Une présence dans le Grand Huit de ce « France » synonyme d’un bien beau parcours.

A Ax-les-Thermes, lors du quart-de-finale perdu contre les joueurs des Pyrénées Atlantiques.

Le tête-à-tête, l’exception qui confirme la règle
Techniquement, Jean-Louis Alonso sait tout faire. Et tout bien faire. Même s’il est souvent un adepte du jeu en demi-donnée à l’appoint, il maitrise parfaitement les hauts envois. Côté tir cette fois, les techniques du plein fer comme celles de la rafle n’ont aucun secret pour lui. Tactiquement, rien n’échappe non plus au joueur qu’il est dans l’âme comme le prouve ses 2 autres passions, les cartes et les casinos. Il a les boules dans la peau, les stratégies dans la tête. Autant d’atouts qui auraient du faire de lui un spécialiste du jeu désormais dit en individuel. Et pourtant ! Le seul titre qui lui manque est celui en tête-à-tête. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il a toujours échoué sur la dernière marche. Ce fut vrai en 1986 avec une finale perdue à Espalion contre le Ruthénois Didier Vezins. Ce fut encore vrai l’année suivante face à un certain Yvan Segond. Ce fut enfin vrai en 2011 contre le Capdenacois Thierry Férès. Trois titres de Vice-Champion qui ne remplacent en aucun cas ne serait-ce qu’un sacre départemental. On a là le seul petit manque d’un palmarès qui a de quoi faire bien des envieux.

2011, toujours pas de première marche du podium et 3e titre de Vice-Champion individuel pour Jean-Louis Alonso battu par le Capdenacois Thierry Férès.

L’anecdote
En 1986 au « France » à Albi, Alonso prend son pied… si on peut dire

Un demi-siècle de carrière au plus haut niveau départemental laisse forcément la place à tout un tas de souvenirs et autres anecdotes certains plus croustillants les uns que les autres.

Nous sommes en 1986 et, cette année-là, l’Aveyron bénéficie de 2 places qualificatives pour le Championnat de France tête-à-tête à Albi. Jean-Louis Alonso, Vice-Champion départemental, fait donc partie du déplacement jusqu’au Parc des Expositions de la Préfecture tarnaise. Et, d’entrée, mauvaise surprise. L’alors sociétaire de la Boule Relax à Villefranche découvre en effet des cadres de jeu qui ne sont pas vraiment des terrains de boules. Les abords bitumés du Parc des Expos ont été insuffisamment gravillonnés et le jeu se révèle vite difficile pour ne pas dire impossible. Dès les parties de poules, l’énervement ne tarde pas à gagner les rangs aveyronnais. Pour montrer haut et fort son désaccord avec de telles conditions de jeu proposées par l’organisation, Jean-Louis Alonso se met à jouer ses boules… avec le pied. Une situation pour le moins cocasse qui ne tarde pas à faire rire l’assistance et ce jusqu’à provoquer l’intervention d’un arbitre. A l’homme qui ne maitrisait visiblement pas le règlement fédéral (déjà !), le Vice-Champion d’Aveyron fait alors remarquer que la loi pétanquiste n’interdit pas ce genre de pratique. Par conscience professionnelle, l’arbitre part alors se renseigner auprès de ses supérieurs avant de revenir confirmer aux intéressés qu’une telle pratique n’était effectivement pas interdite. Première victoire psychologique pour l’Aveyronnais qui ne tarde pas à en signer une seconde puisque, en prenant ainsi son pied, le Villefranchois réussit à déstabiliser ses adversaires et à sortir de poules et à se qualifier pour les 32e de finales. Et là, malheureusement, nouvelle mauvaise surprise pour notre « Juany » départemental. La table l’envoie en effet disputer sa parie après poules dans le carré d’honneur où les cadres sont tout aussi inintéressants car, cette fois, beaucoup trop gravillonnés. Cette fois, l’Aveyronnais perd définitivement son calme. L’énervement est à son comble ce qui est contraire à la concentration nécessaire à une partie disputée en tête-à-tête. Jean-Louis Alonso oublie de jouer ses boules et n’oppose aucune véritable opposition à un adversaire qui n’en demandait pas tant. Cette fois, la défaite, synonyme d’élimination, est inéluctable. Jean-Louis Alonso peut ramasser une dernière fois ses boules avant d’aller les ranger à la voiture. Enfin libéré, il peut continuer à prendre… son pied pour finalement assister au sacre national d’un certain René Coulomb, le Varois disposant en finale du Francilien Didier Choupay.

Entre coups de gueules et autres frasques, des passages en commission de discipline

L’âge a marqué son temps mais le sourire reste malicieux.

Si il y en a un qui, en Aveyron, connait par coeur l’adresse castonétoise du siège du CD 12, c’est bien Jean-Louis Alonso. Pour ses attitudes et autres comportements, pour ses propos pas toujours bienveillants, pour ses défiances vis à vis de l’autorité soit-disant dirigeante, cette figure du Bassin figure à coup sûr parmi ceux qui ont été le plus souvent convoqués par la fameuse Commission de discipline. Des avertissements par-ci, des suspensions par-là, il est connu comme le loup blanc au 12 rue de Loriots aux Costes-Rouges. Pour avoir oser défier, verbalement parlant, Maître Nogaret, l’Élève Alonso, aussi brillant et expérimenté fut-il, s’est même récemment retrouvé sur le coup d’une menace de non renouvellement de sa licence 2024. Le président Nogaret et son équipe n’auront finalement pas eu ce malin plaisir. A 75 ans, de sérieux problèmes de santé ont fait que Jean-Louis Alonso a tiré sa révérence plus tôt que prévu. Simple coup d’arrêt ou véritable fin de carrière. Seul l’avenir le dira. Une chose est sûre. Sa silhouette et sa chevelure à nulle autre pareille manquent déjà sur les terrains de pétanque de la région.

Cyrille COSTES
Journaliste « Pétanque 12 »