Ces figures de la pétanque aveyronnaise

Diego Diaz, ce fan de basket qui a bien réussi son rebond…

Tel un surdoué, il a tout gagné avant les autres. Mais en championnat d’Aveyron triplettes, l’épreuve phare de la saison, il a fallu digérer 3 finales perdues avant de décrocher le graal.

Diego Diaz ou une gestuelle si particulière pour une efficacité souvent singulière. Ici sous les yeux de l’homme au chapeau, un certain Claude Causse, Champion de France juniors en… 1965.

Quand on né à une portée de bouchon de la Place Saint-Jean à Villefranche, on finit toujours, un jour ou l’autre, à y tomber dedans. Il avait beau être fan de basket, Diego Diaz n’a pas échappé à la règle. C’est en famille, dès l’âge de 11 ans, que le Villefranchois a jeté ses premières boules. Et il n’y a avait pas besoin d’être un grand spécialiste pour voir que ce minot-là avait quelque chose en plus. Et à cette époque-là, quand il s’agissait de jeunes et de pétanque, les gens de la Bastide savaient de quoi ils parlaient. Deux de leurs triplettes venaient de revenir au pays vêtues du célèbre maillot bleu-blanc-rouge. Les cadets Guy Causse, Guy Coustet et Claude Malbosc et les juniors Claude Causse, Jean-Claude Gibergues et Jean-Bernard Perilhou viennent en effet d’être respectivement sacrés Champions de France cadets en 1964 et juniors en 1965. Très vite pourtant, le Saint-Jean et son kiosque n’eurent d’yeux que pour ce Diego. Pour ce gestuel si particulier, pour cette efficacité si singulière, pour ce mental si prononcé. Pas de doute, Villefranche tenait sa perle rare. Ne restait plus qu’à lui trouver son alter ego, histoire de monter une équipe capable d’aller défier les Catusse – Lafon à Decazeville, les Archimbeaud – Salerno à Espalion, les Bauer, Zigler, Daures et autres Palomar à Rodez, les Combes – Bonneviale à Millau ou encore les Mas – Rouquayrol à Millau. Et oui, à cette époque-là, chaque district avait son équipe emblématique. L’étudiant Diaz allait finalement « se marier » avec le professionnel qu’était déjà Patrick Vinatier. Diego occupait ses débuts d’après-midi avec des parties souvent sérieuses avec les papys – on ne disait pas encore vétérans – qui n’en demandaient pas tant. jusqu’à attendre la fin d’après-midi et la sortie du boulot de Patrick. La ou les parties prenai(en)t alors une tout autre dimension. Diego continuait son festi-val. 6 mètres, 10 mètres, 12 mètres…, le garçon semblait ne pas avoir de limites. Les anciens, qui étaient de parole, nous ont rapporté que certaines après-midi, c’était le 100% absolu, le zéro défaut, le zéro trou. Et comme Patrick se mettait vite au diapason, les 2 jeunes hommes étaient les rois indétrônables de la Place Saint-Jean.

Diaz – Vinatier, l’équipe qui aura du mal à trouver son 3e homme…
Les entrainements et les parties amicales, aussi sérieuses soient-elles, en semaine sur le Saint-Jean, c’est bien, mais les compétitions du week-end, c’est quand même mieux. Alors, Diego Diaz bouge. Avec ou sans Patrick Vinatier. En 1975, il part avec Robert Dujols découvrir ce qu’est vraiment un National de pétanque à Toulouse. Partis pour regarder, les 2 Villefranchois s’inscrivent au départ d’un concours qui a finalement réuni… 597 doublettes. Le lendemain, après avoir sorti des équipes de la trempe de celles de Coral, Zanon ou encore Biancotto, les 2 Aveyronnais atteignent la finale contre les Héraultais Marco – Marigot. Sur l’Île du Ramier, Diego Diaza est la grande révélation du concours. Il a tout juste 17 ans : « Ma première suppportrice avait été une certaine Madame Brocca », se souvient-il. Les années se suivent et le terme de révélation laisse la place à celui de confirmation.

En 1975 à Toulouse, Diego Diaz – ici à gauche – est la révélation d’un National qui a réuni … 597 doubelltes. Battus, avec Robert Dujols, en finale par les Biterrois Marco et Marisont, ils sont ici récompensés par une coupe en guise de souvenir.

En 1979, ce ne sont pas moins de 9 nationaux que le jeune homme partage en compagnie de Patrick Vinatier. Deux ans plus tard, il confirme encore et toujours en étant désigné meilleur tireur du tournoi exhibition du concours célébrant le 30e anniversaire de la société ruthénoise La Boule d’Or. Et ce en présence de quelques-uns des meilleurs tireurs du moment, les Marigot, Catusse, Lagarde, Bedènes, Bonfort… Les Nationaux et autres concours « propagande », c’est bien, mais un palmarès est surtout fait de titres en Championnat. La doublette Diaz – Vinatier frôme l’exploit en 1980 à Espalion mais doit finalement se contenter du titre de VIce-Championne, battue par la famille ruthénoise des Bauer, Florian et Maurice. Ce n’est que partie remise. En 1981, les Villefranchois décrochent leur premier titre en doublettes en battant, à Capdenac, les Ruthénois « Pierreot » Arnal et Gaston Rivière. Ils confirment 2 ans plus tard en battant, cette fois à Firmi, les Espalionnais Eric Archimbeaud et Nicolas Salerno. Il faut dire qu’à cette époque-là, entre Villefranche et le Championnat d’Aveyron en doublette, c’est une véritable histoire d’amour qui est en train de s’écrire. De 1980 à 1986, soit pendant 7 années consécutives, les sociétés de la Boule du Quercy et de la Pétanque Villefranchoise placent une équipe en finale avec, à la clé, 3 titres départementaux.

Villefranche champion en doublettes en 1981 et 1983 avec Diaz – Vinatier et en 1984 avec Diaz – Pourcel. Et vice-champion d’Aveyron en 1980 avec Diaz – Vinatier, en 1982 avec Vinatier – Pourcel, en 1985 avec Souyri – Nogaret et en 1986 avec Steis – Alonso

La doublette Diaz – Vinatier brille donc de mille feux mais a du mal à trouver son 3e pour la triplette. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé. Mais ni Yves Mouly en 1980, ni Robert Dujols en 1981, ni Marc Nogaret en 1983 ne parviennent à donner un premier titre de Champions en triplettes aux deux jeunes Villefranchois. A l’arrivée, 3 défaites en finale face aux Saint-Affricains Boyer – Alfonso – Rouquayrol à Villefranche, puis face aux Ruthénois Bauer – Bauer – Zigler à Espalion et enfin face aux Espalionnais Archimbeaud – Salerno – Routaboul à Rodez Quatre-Saisons. Les Villefranchois sont en train de constater à leur dépends qu’il est notoirement plus difficile de construire une équipe en triplettes qu’en doublettes. Cette équation à pourtant une seule inconnue, ils ne la solutionneront malheureusement jamais. Premier trimestre 2014, la pétanque aveyronnasie en général, villefranchoise en particulier, est en deuil. Elle vient de perdre l’un des siens. Patrick Vinatier est mort. Il avait 27 ans.

« Mon pire souvenir »

Diego Diaz – Patrick Vinatier : une équipe de copains qui a remporté titres départementaux et Nationaux.

Patrick disparu, Diego a un genou, pour ne pas dire les deux, à terre. Reste maintenant à réussir à rebondir : « Perdre son partenaire mais surtout son meilleur ami si tôt dans la vie, c’est affreux. Même avec le temps, cela ne peut ni s’oublier ni s’effacer. Cela restera le pire souvenir de ma vie de pétanqueur ». En mémoire à Patrick, Diego disputera le championnat doublettes cette année-là. Avec Dominique Pourcel, il conservera alors son titre… Ce titre ne changera rien. Diego Diaz a besoin de tourner une page, histoire d’en finir avec un chapitre que rien ne laissait supposer pouvoir avoir une telle fin. En 1985, à l’âge de 27 ans, il quitte la société villefranchoise de la La Boule du Quercy pour signer une licence à Salles-Courbatiés, village où il partage sa vie avec sa compagne Françoise. Une parenthèse qui durera un an.

1986, les grandes réflexions
1986 va être l’année d’un d’un second départ. Diego Diaz est resté plus ambitieux que jamais. Il veut aller toujours plus haut et rêve, sans le proclamer haut et fort, du maillot bleu-blanc-rouge. Ils ne sont pas pas légions ceux qui, en Aveyron, ont le profil pour l’accompagner dans ce nouveau challenge. Diego pense à 2 équipes. Il y a les voisins decazevillois Jean-Claude Catusse et Christian Lafon. Ces 2 là ont l’expérience et le vécu puisqu’ils ont déjà connu ce type d’honneur. Problème, entre autres, ils sont Champions en titre avec une certain Jean-Philippe Rey. Et puis Diego a toujours envie de ces fameux Nationaux qui l’ont révélé. Et les déplacements hors Aveyron, ce n’est pas vraiment la tasse de thé des Decazevillois. Diego poussera finalement sa route jusqu’à Espalion pour y faire équipe avec Eric Archimbeaud et Nicolas Salerno.

Une décennie qui aurait pu, aurait du, être celle de la consécration

A cette triplette qui compte 4 sacres départelmentaux – sur cette photo, en 1993 à Espalion -, il n’aura finalement manqué qu’une consécration nationale.

Diaz – Archimbeaud – Salerno. L’Aveyron tient enfin « son » équipe, « sa » triplette, celle qui pourra peut-être écrire une nouvelle ligne à un palmarès national vide depuis 1972 et le sacre de Catusse – Lafon – Sénézergues. Une triplette qui va régner quasiment sans partage et parfois même sans pitié. On pense notamment à cette année 1991 où, le temps d’un week-end de finale à Belmont, les Espalionnais ne vont pas concéder plus de 20 points à leurs adversaires. 13 – 4 en demi-finale contre les Villefranchois Costes – Costes – Souyri puis 13 – 2 en finale contre les Saint-Affricains Delrieu – Inquimbert – Guidice, deux scores qui reflètent leur totale maitrise. Une maitrise et une totale domination qui vont durer près de 10 ans avec, à la clé, pas moins de 4 titres de Champions d’Aveyron en triplettes (en 1989 à Rodez Saint-Eloi, en 1991 à Belmont, en 1993 à Espalion et en 1999 à Saint-Affrique). Ajoutez à cela une 3e place en 1990 à Firmi puis deux titres, l’un en doublettes en 1999 avec Eric Archimbeaud à… Espalion, puis en tête-à-tête en 1996 à Rignac, sans oublier celui de Vice-Champion doublettes avec Eric Archimbeaud en 1990 à Millau, et, vous l’aurez compris, Diego Diaz avait réussi son rebond, lui le passionné de basket, sur la scène départementale. Les lancer-francs, c’est bien. Mais les tirs à 3 points, c’est quand même mieux. Alors, que s’est-il passé à l’étage au-dessus, c’est-à-dire sur la scène nationale ? Deux fois, Diego Diaz et ses partenaires espalionnais ont tutoyé le dernier carré. Deux fois, il s’en est pourtant fallu d’un petit rien (défaites en quart-de-finales en 1994 à Angoulême 13 à 11 contre Sirot – Rasle – Pouget et en 1998 à Chartres 13 à 9 contre Fazzino -Voisin – Suchaud). Un petit rien qui veut dire beaucoup. A aujourd’hui 62 ans, et malgré un 5e titre départemental en triplettes en 2013 avec les Villefranchois Eric Courtois et Marc Nogaret, Diego Diaz n’a toujours pas revêtu ce maillot bleu-blanc-rouge auquel il rêvait tant. Et si c’était pour cette année en catégorie vétérans ? A condition, bien entendu, que les championnats aient bien lieu, la triplette Diaz – Courtois – Laumond, qui défendra les couleurs de Salles-Courbatiés Val de Diège, aura en tout cas belle allure.

Cyrille COSTES (*!

(*) En mémoire à mon grand-père, ami de Diego et Patrick, qui aurait été fier et ému de lire ce papier.

Le souvenir d’une anecdote de buvette

« Alors, Diego », çà marche, t’es dans le coup ? », « Non, je l’ai dans le c… »

La scène se passe au Parc des Expositions de Toulouse, fin des années 80 ou début des années 90. Cette année-là, mon frère et moi, résidant dans la Ville Rose, disputons la Coupe de Noël en compagnie de l’Aveyronnais Diego Diaz. Le concours se dispute en poules et nous jouons la première partie en extérieur contre des Toulousains que l’on connait bien et qui sont largement à notre portée. Sauf que j’engage mal les mènes en ne jouant jamais 2 boules. Et comme ni Diego ni Nicolas ne font pas, eux non plus, le plein, la défaite est inéluctable. Bis Repetita à la seconde partie et nous ne tardons donc pas à ranger les boules. Non sans passer par la buvette du coin, histoire de faire passer notre déception. Alors que l’on trinque et que l’on essaie de digérer cette contre-performance, des gars arrivent et l’un d’eux demande alors à notre partenaire du jour : « Alors Diego, çà va ? Tu es dans le coup ? ». La réponse fuse alors, laconique à souhait : « Non, je l’ai dans le cul ». Extra. Du Diego dans le texte.

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