Patrick Vinatier, en souvenir d’un copain bien trop tôt disparu
Champion d’Aveyron doublettes en titre, Patrick a décidé de s’en aller un certain vendredi 24 février 1984. Une disparition a qui a laissé un grand vide et qui, comme souvent dans de telles circonstances, a posé pas mal de questions. Des questions qui, 36 ans après, n’ont toujours pas de véritables réponses. Retour sur une amitié qui ne faisait que commencer.

4 finales doublettes consécutives, 2 titres… et puis s’en va
Je m’en souviens comme si c’était hier. Nous sommes fin 1983. Je vais fêter mon 18e anniversaire et Patrick va faire me faire le plus beau des cadeaux : « Dès que tu as ton permis, si ça te dit, on partira tous les deux disputer des concours ensemble ». Bien-sûr que ça me dit. Qui ne serait pas content de faire équipe avec un copain qui fait partie de l’élite départementale et qui vient de disputer… 4 finales consécutives en championnat doublettes ? Sans doute personne. En tout cas pas moi. Je mesure la chance que j’aie et je redouble d’effort pour bosser mon code. Mon code, je l’aurai. Mon permis auusi. Et pourtant, je ne disputerai jamais un concours avec Patrick. Pas même celui de Promilhanes, petit village lotois proche de Villefranche, que l’on s’était pourtant réservé pour une première association. La raison ? Ce dimanche-là, il a plu toute la journée et le concours n’a pas eu lieu. Je pensais que ce n’était que partie remise. Je me trompais. Quelques semaines plus tard, le vendredi 24 février 1984, Patrick Vinatier se donnait la mort en son domicile villefranchois.
Le meilleur ami de mon grand-père
Artisan peintre de profession, mon grand-père avait installé son atelier à quelques pas seulement de la place Sain-Jean, au rez-de-chaussée de la maison qui m’a vu naitre. Passionné de pétanque, il passait ses après-midi de retraité tout autour du fameux kiosque. Un kiosque que je connaissais par coeur pour l’avoir longuement surveillé, quand j’étais gamin, depuis ma fenêtre. Histoire de voir si les manèges de la fête foraine avaient « enlevé la robe », entendez par-là avaient commencé à tourner. De longues années plus tard, c’est sur cette même place que j’ai jeté mes premières boules. Mes parents avaient déménagé et mon grand-père venait me chercher en voiture. Les mercredis après-midis, les week-ends, les vacances scolaires, c’était de loin ma destination favorite. On y retrouvait tous les habitués du coin parmi lesquels une poignée d’amis qu’il me présentait. Patrick en faisait partie. C’est même son ami numéro un. La pétanque, mais aussi la pêche, autant de sujets qui alimentaient les discussions parfois interminables pendant que moi, avec l’impatience de mon adolescence, il ne me tardait q’une chose. Qu’on me donne les clés de la voiture pour, enfin, sortir les boules de la malle. Patrick était ouvrier à la BOMAP, l’ancêtre villefranchois de Blanc Aéro Industrie. Ses journées se finissaient à 17 heures. A 17 h 15, pile poil, sa 104 grise débarquait avant de se garer, si possible toujours au même endroit. Il était comme ça le garçon. Ponctuel. Rangé. Ordonné. Organisé. Je me dépêchais alors de jeter des énièmes boules, histoire d’être de suite fin prêt, au cas où il me demanderait de faire une partie. Si j’avais déçu Patrick, c’est aussi et surtout mon grand-père que j’aurais déçu.
Le lundi, le jour d’après…

Pendant les grandes vacances estivales, le lundi était un jour spécial. On jouait peu. On écoutait. On écoutait Patrick nous raconter ces parties du week-end. A Pézenas, à Saint-Juéry, à Toulouse, à Montauban…, partout où il allait, souvent avec Diego Diaz, il croisait, il affrontait et souvent il battait les grands noms de la pétanque du moment. Ces meilleurs joueurs français, je finissais par en connaitre tous les noms même si je n’en connaissais pas tous les visages. Certains venaient en effet au National de Villefranche, d’autres pas. Les Lagarde, Bedènes, Vis, Sidoine, Mattéi, Chamayou, Labeau, Lecrouzères, Cuesta, Loulon, Bonzom, Autebon, Galy, Castro…, tous me serraient la main parce que j’étais à côté de Patrick. Les lundis se suivaient et la collection de noms à connaitre s’allongeait. Par exemple en 1979, quand la doublette Diaz – Vinatier a réussi l’incroyable performance d’atteindre le dernier carré de… 9 Nationaux.
De la pétanque… au ping-pong
Quand je voyais enfin Patrick aller vers la voiture, quand je le voyais retourner sa chemise manche après manche, quand je le voyais ouvrir sa malle puis la caisse qui contenait ses boules parfaitement rangées – des OBUT ATC, 75 mm de diamètre, 670 grammes de poids -, je n’espérais qu’une chose. Que ce grand-frère me prenne dans son équipe. Ses conseils et ses encouragements ont été pour moi le meilleur des apprentissages. Chaque semaine qui passait, j’apprenais à mieux connaître ce garçon un brin renfermé mais qui avait tant à faire partager. En 1983, il boucle une saison où il vient de jouer sa 4e finale de championnat doublettes consécutive. Trois avec Diego Diaz dont 2 titres en 81 et 83 et une avec Dominique Pourcel en 1982 (défaite contre les Decazevillois Rey et Lafon). Duarnt l’automne 1983, il n’est pas en grande forme. Moralement parlant. Il est même en arrêt de travail. On en profite pour se voir encore plus même si, en semaine, je suis à la fac à Toulouse. Deux ou trois fois, il vient même à la maison pour y disputer des parties de ping-pong. Jamais, il ne se confiera sur quelques éventuels soucis que ce soit. La discrétion était un de ses traits de caractère les plus marqués. Les soucis en questions étaient-ils seulement liés à la pétanque ?
7 finales départementales en 4 ans, … seulement 2 titres de Champion
A pétanque, le bilan était impressionnant. Sur les 4 dernières années, de 1980 à 1983, Patrick Vinatier venait de disputer 7 finales départementales. Certes, il n’avait réussi qu’à décrocher 2 titres de Champion d’Aveyron. Tous les deux en doublettes avec Diego Diaz. En triplettes par contre, c’état un zéro pointé avec 3 finales perdus avec un 3e toujours différent (avec Yves Mouly à Villefranche battu par les Saint-Affricains Rouquayro – Boyer –Alfonso ; avec Robert Dujols à Espalion battu par les Ruthénois Bauer – Bauer – Zigler ; et avec Marc Nogaret aux Quatre-Saisons battu par les Espalionnais Archimbeaud – Salerno – Routaboul). Cela en faisait-il trop pour ce perfectionniste qu’était Patrick ? Ou bien ses problèmes étaient-ils directement liés à ceux que connaissait, plus ou moins régulièrement, son entreprise, la BOMAP ? Le tout est que ce mal-être tracassait mon grand-père qui essayait de le rassurer : « Allez Patrick, c’est un mauvais moment à passer. Tu vas voir, le printemps va vite arriver. Tu vas ressortir les boules. La mtivation qui est la tienne va revenir. Tu vas conserver ton titre en doublettes et tu finiras sûrement par décrocher celui en triplettes ». Je ne l’ai appris que plusieurs années après mais Patrick avait alors répondu : « Monsieur Peyre – c’était le nom de mon grand-père -, l’an prochain, je ne jouerai pas aux boules… ».
Vendredi 24 février 1984, la fin

En semaine j’étais à Toulouse et cela faisait plusieurs week-ends que je n’avais pas de nouvelles de Patrick. Je n’avais pas encore mon permis de conduire et, surtout, ni les téléphones portables ni les réseaux sociaux n’étaient d’actualité. Ce vendredi 24 février en fin après-midi, je bossais les cours de Sciences Economiques dans ma chambre. J’ai entendu la voiture de mon grand-père. Il venait souvent nous dire bonjour, à mon frère et à moi. Mais ce jour-là, j’ai vite compris que quelque chose n’allait pas. Je l’entendais parler à ma mère, il n’avait pas sa voix de d’habitude. J’ai ouvert la porte, j’ai tendu l’oreille, j’ai vite compris la mauvaise nouvelle. Un drame pour lui, une profonde tristesse pour moi. Dans les semaines qui ont suivi, mon grand-père s’est même mis à culpabiliser. Il n’a pas eu la force d’aller aux obsèques célébrées en la collégiale Notre-Dame à Villefranche. Patrick Vinatier a été inhumé au cimetière de la ville. Il n’est pas parti seul. Dans son cercueil, ses amis avaient déposé les 3 boules, ses 3 boules, des ATC, 75 mm, 670 g…
Cyrille COSTES (*)
(*) En souvenir et en hommage à Patrick et à mon grand-père, André Peyre, décédé 10 ans plus tard en août 1994.
L’anecdote (*)
(*) Rapportée grâce à un témoignage du Creissellois Jean-Pierre Mas
« En 1980 à Toulouse, il m’a aidé à opposer une belle résistance au grand Foyot »
Plutôt timide et réservé, Patrick Vinatier était porteur de valeurs qui sentaient bon l’Aveyron. Des valeurs comme le respect et la solidarité. En 1980, Patrick Vinatier et Jean-Pierre Mas se connaissent seulement un peu. Ils s’étaient forcément croisés sur les terrains aveyronnais mais, cette fois-là, c’est place Saint-Pierre à Toulouse, à l’occasion des célèbres « Trois jours » que l’anecdote trouve son origine. La suite, c’est Jean-Pierre Mas qui la raconte : « Je jouais ce jour-là un 8ème de finale en tête à tête contre un certain Foyot. Très impressionné par le personnage, je n’étais pas dans mon assiette. Patrick était là, au premier rang des tribunes. Il m’encourageait et me rassurait alors que je le connaissais peu. Il avait du venir jouer le doublette avec Diegoc Diégo. Et quelle doublette ils formaient tous les 2 ! Bref, son aide m’a marqué et j’y repense souvent. Pour la petite histoire, j’ai perdu cette partie, mais j’avais fait 10 points et plutôt bien résisté… ».