Jean-Claude Catusse, l’incontestable « Number One »

11 titres de Champion d’Aveyron, 1 titre de Champion de France et 1 titre de Vice-Champion du Monde, sans compter un nombre certain de podiums, le tout en une vingtaine d’années, avouez que cela à de quoi marquer une époque. Et pourtant, l’on a le sentiment que le Decazevillois mérite la mention « Très Bien mais aurait pu encore mieux faire ». Explications.
Le bob ou la casquette, la petite moustache qui va bien, le geste du bras, mais surtout du poignet, qui fait mal, la galerie, papa, maman, les fauteuils et le chien en tête, qui le suit pas à pas et de parties en parties…, voilà l’image que l’on gardera de Jean-Claude Catusse. L’image d’un homme qui, sans tambours ni trompettes, mais avec un caractère certain, illuminera à jamais l’Histoire de la pétanque aveyronnaise. Sa réputation dépassera d’ailleurs très vite les frontières du département puisqu’il fut Champion de France triplettes en 1972 à Bordeaux et Vice-Champion du Monde, l’année suivante, à Casablanca. Amplement suffisant pour se faire un nom à l’échelle nationale. Si vous en doutez encore, il vous suffit de suivre cette vidéo qui retrace le Championnat de France triplettes 1989 à Mâcon. On y entend un commentateur qui suit un 64e de finale opposant les Montluçonnais Christian Fazzino, Daniel Voisin et Jean-Luc Amblard à une équipe de Guadeloupe dans laquelle évolue un certain… René Sénézergues. Le commentateur en question souligne la qualité de jeu de cette équipe guadeloupéenne et la résistance offerte à ceux qui, le lendemain, seront d’ailleurs sacrés Champions de France. Et à propos de René Sénézergues, il s’exprime en ces termes : » René Sénézergues a été Champion de France en 1972 sous les couleurs aveyronnaises. Et il jouait alors avec des Jean-Claude Catusse et Christian Lafon ,excusez du peu ». Visiblement, près de 30 ans après leur titre national, les noms des Decazevillois Catusse et Lafon étaient restés ancrés dans certaines mémoires.

Derrière une détente apparente, une motivation permanente
Autre époque ? Manque d’opportunités et d’opportunisme ? Trop gentil et pas assez ambitieux ? Craintes de quitter « son » Bassin ? Le tout est que Jean-Claude Catusse est sans doute passé à côté de quelque chose. D’une carrière qui aurait eu une autre dimension que celle, départementale, qu’il a finalement façonnée, année après année. En un quart-de-siècle, de 1971 à 1987, 11 titres départementaux en triplettes, doublettes, tête-à-tête et triplettes mixtes, sans oublier, évidemment, le titre national et celui de Vice-Champion du Monde. Seul le doublettes mixtes manque visiblement à un palmarès qui reste aujourd’hui inégalé. Au point, au tir, sur le sable comme sur les terrains les plus sélectifs qui sont légions dans son Bassin natal, à 6 comme à 10 mètres, voire encore plus dans bien des cas, il savait tout faire. Il plantait des carreaux comme d’autres enfilent des perles. Dès que la machine était en route, plus rien ou presque ne l’arrêtait. Même pas les spectateurs avec qui il échangeait souvent quelques mots entre chaque boule jouée. Une façon comme une autre d’afficher un semblant de détente qui cachait en réalité une grande motivation. Quand Catusse perdait, il n’était question que de ça. La rumeur se répandait à la vitesse Grand V et le concours n’avait presque plus de sens.
« Cela ne me dérangerait pas de faire un concours avec toi »
De Jean-Claude Catusse à Cyrille Costes
En moins de 10 ans, quelque 24 confrontations…
Chacun pensera ce qu’il voudra de ce « portrait » dressé de celui qui, à notre sens, reste l’incontestable « Number One » de la pétanque en Aveyron. Une chose est sûre. Sans prétention aucune, nous pensons connâitre un peu le personnage. Si nous n’avons jamais joué ensemble – cela aurait puisque Jean-Claude Catusse m’a glissé un jour : « Cela ne me dérangerait pas de faire un avec toi » -, nous avons souvent joué l’un contre l’autre. Pas moins de 24 fois au total en l’espace de quelque 10 ans. Soit des dizaines et des dizaines d’heures passées à batailler lors de parties qui ont toujours été longues, souvent indécises, toujours serrées. A l’arrivée, léger avantage pour Jean-Claude Catusse qui s’est imposé 13 fois sur 24. Alors on va se consoler comme on peut. En se disant par exemple quenous avons remporté les 2 oppositions les plus importantes, celles jouées dans le cadre des championnats départementaux. En 1986 à Camarès, Joël Périé et mois éliminons Jean-Claude Catusse et Jean-Philippe Rey et gagnons ainsi notre place dans le dernier carré du championnat doublettes. Cinq ans plus tard, à Belmont-sur-Rance cette fois, nous disputons la 3e place qualificative pour le Championnat de France à la triplettes Catusse – Lafon – Contrino. ET là encore, ce sont les Villefranchois qui s’imposeront, gagnant ainsi le droit d’aller défendre les couleurs aveyronnaises dans le Vaucluse.

Une petite anecdote
24 confrontations, 1 seule petite anicroche
Championnats, Circuit Midi Libre ou alors simples concours départementaux, les parties qui nous ont opposés aux équipes decazevilloises emmenées par Jean-Claude Catusse ont toutes été disputées dans un esprit certes de compétition mais toujours marqué du plus grand respect mutuel. Mais, c’est bien connu, toutes les règles, aussi établies soient-elles, ont leur exception. Une seule des 24 confrontations a été marquée par des échanges uniquement verbaux. La scène se passe en 1992 à Salles-la-Source à l’occasion d’un concours officiel qui se dispute dans le haut du village, au-dessus de la fameuse cascade. Avec mon frère Nicolas, nous étions en train d’établir un drôle de record, celui du plus grand nombre de jours consécutifs à disputer un concours. On en est déjà à… une vingtaine et, chaleur orageuse oblige, il y a comme de l’électricité dans l’air. En deuxième partie, nous tombons sur Jean-Claude Catusse. La rencontre se joue sur la placette devant l’église, sur un terrain sélectif et intéressant à souhait. Je domine à l’appoint mon adversaire direct, un certain M. Gomez si ma mémoire est bonne. Nous sommes devant au score et Catusse commence déjà à s’énerver. Il profite alors d’arracher la marque sur une mène pour changer la direction du jeu et aller jeter le bouchon sous un arbre, histoire de contrarier mes appoints à l’envoi. D’un seul coup, l’énervement a changé de camp. Mon frère Nicolas a moyennement apprécié la manoeuvre et il n’a pu s’empêcher de le lui dire : « Quand on s’appelle Catusse et qu’on a besoin de ça pour gagner une partie, c’est grave ». C’est bien connu, un tireur doit garder son calme. Mon frère avait perdu le sien. Nous, nous avons finalement perdu la partie. Jean-Claude Catusse, lui, a gagné la sienne. Mais pas que. Il a aussi gagné un verre puisque Nicolas n’est jamais venu partager la tournée gentiment offerte par nos adversaires.