Ces figures de la pétanque aveyronnaise

Jean-Pierre Barthe, le style, les mimiques en plus

« Le » Barthou, comme ils l’appellent tous dans le Bassin, a posé les boules depuis longtemps déjà mais il reste incontestablement un personnage unique comme ce terroir minier en a tant fourni au petit monde de la pétanque aveyronnaise. A 73 ans, on le voit encore débarquer sur les concours. Une poignée de main et un clin d’oeil par-ci, une vanne et un souvenir par-là, toujours avec le sourire et avec une voix qui reste inimitable, c’est bien lui. C’est « Barthou ».

Jean-Pierre Barthe. Même quand il est dans le rond en train de jouer, la mimique portant la griffe du « Barthou » n’est jamais loin…

Issu de la génération dorée
A Firmi, à Aubin, à Viviez, à Cransac ou ailleurs, la scène est comme immuable. Le concours a commencé et voilà que débarque un petit bonhomme haut comme 3 pommes. « Tiens, voilà « Le » Barthou », entend-t-on alors ici et là. Comme si la pièce manquante qui venait d’arriver permettait d’achever le puzzle. Dans le Bassin, un concours sans Jean-Pierre Barthe, ce n’est pas vraiment un concours. En tout cas pas un vrai concours. Les plus anciens l’ont surtout connu boules à la main. Les anciens tout court le verront plutôt comme cet amuseur public toujours prêt à lancer une vanne avant d’aller voir ailleurs. Ses mimiques si personnelles, ses clins d’oeil, ses blagues, sa voix comparable à celle qui mue… font de lui un éternel adolescent. A aujourd’hui 73 ans, « Barthou » reste en tout cas un personnage unique. De la génération des Catusse, Lafon, Sénézergues, Alary et autres Mourino ou Alonso…, autant de gloires que le Bassin a connues. Des gloires avec qui la mayonnaise n’a pas toujours bien pris tant le « spécimen » est vraiment particulier. En 1981, c’est ainsi avec les voisins villefranchois Diego Diaz et Patrick Vinatier qu’il s’en va conquérir Toulouse et remporter son 1er National Pétanque « Banque Populaire ».

De gauche à droite, les Aveyronnais Diego Diaz, Jean-Pierre Barthe, Patrick Vinatier, puis Soustras, Guy Lagarde, Daniel Dejean, Daniel Cuestas, Joël Lescrouzères, Jean-Claude Labeau… quelques-uns des acteurs de cette 1ère édition du National Banque Populaire à Toulouse.

La même année, c’est avec un autre voisin, Lotois celui-là, Christian Enocq pour ne pas le nommer, qu’il va disputer la finale du National de Montauban. Bien plus tard, en 1994, c’est déjà avec un statut de semi-retraité des boules qu’il prend sa licence à Aubin Le Gua. Quand Christian Lafon le sollicite pour remplacer un Jean-Louis Alonso finalement non disponible, il a fallu faire des pieds et des mains. Mais le célibataire alors âgé de 48 ans a fini par sortir le matériel. Et pour quel résultat ! Qualification pour la finale départementale de Bozouls et là, sous les ovations d’un public aussi surpris que conquis, « Fanny » en finale infligée aux Creissellois Yazid Triaki et Alain Crosa. Alors qu’il ne s’y attendait plus du tout, voilà enfin le titre qui lui avait échappé, bien des années plus tôt, après sa défaite en demi-finale à Saint-Affrique. C’était alors avec un certain Alain Mourino. Ce sacre n’a finalement pas eu de suite. Le goût de jouer était passé, les difficultés à s’équiper ont fait le reste. Jean-Pierre a pu redevenir cet homme resté adolescent, blagueur et chambreur à souhait. Bref, un véritable comédien dell’arte.

L’anecdote

Un jeudi du mois d’août à Cransac, autant dire au siècle dernier…

A l’époque, c’est-à-dire fin des années 80 ou début des années 90, Cransac organisait certains jeudis de l’été des concours officiels en doublettes qui connaissaient un grand succès. Un jeudi, on part de Villefranche avec un dénommé Jean-Luc Delbès, Parisien d’obligation mais Aveyronnais d’origine, qui passait ses congés en famille dans la Bastide. Ce jour-là, il y a 80 doublettes dans le parc de Cransac et quelques têtes d’affiche sont présentes. Sans doute attirées par la dotation pour le moins attractive (1000 francs au cumul). Les Catusse, Fualdès, Alonso, Marragou… ont rangé les boules plus tôt que prévu et nous, sur le coup des douze coups de minuit – il y avait à cette époque la coupure du soir de 2 heures -, nous sommes en finale. Et nous devons jouer contre la paire Contrino – Aquilino.

Battu 2 fois en finale du « France » en tête-à-tête, l’Antibois Dominique Aquilino a ensuite réussi à enfiler le maillot tricolore. C’était en 2013 lors du Championnat de France « Tir de précision », catégorie Militaires.

Dominique Aquilino, c’est alors un très bon joueur des Alpes-Maritimes qui a été 2 fois Vice-Champion de France en tête-à-tête. Chaque année, le mois d’août faisait de lui un Cransacois d’adoption venu chercher les bienfaits des cures de la Cité Thermale. Bien que la partie semble déséquilibrée, Jean-Claude, que je connaissais déjà bien, accepte de partager. Mais la partie va se jouer car des points sont en jeu pour le classement. Il est certes tard mais il fait enfin bon et la galerie a tenu à rester pour admirer surtout ce fameux Aquilino, tireur au poignet particulièrement ravageur. Parmi les spectateurs, figure notamment un certain Jean-Pierre Barthe. Alors que l’on est dans le « Money time » et que je suis dans le rond pour engager la mène, « Barthou » se lève du banc et passe juste derrière moi. J’entends alors un « Joue-la là, Costes ». Je sors du rond et je lui réponds que je suis assez grand pour savoir où je dois jouer. A la fin de la partie, j’ai compris pourquoi il était tout aussi content que nous de notre victoire. Le conseil qu’il m’avait donné avait en fait valeur de vengeance sur l’équipe Contrino qui avait refusé de partagé contre lui en demi-finale. En fait, plus que la victoire de Costes – Delbès, « Barthou » savourait surtout la défaite de la doublette Contrino – Aquilino… Sacré Jean-Pierre !

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