Ces figures de la pétanque aveyronnaise

Jean-Pierre Mas, ou les secrets de la potion magique

Joueur au palmarès hors normes et aux ambitions visiblement intactes, organisateur de ce plus grand rendez-vous de la planète pétanque qu’était le mondial de Millau, professionnel reconnu dans le monde des assurances pour grandes entreprises, futur élu au conseil municipal de sa ville de Millau, jeune grand-père ayant su rassembler sa tribu dans la propriété familiale… à bientôt 60 ans, Jean-Pierre Mas ne sait plus où donne de la tête. Rencontre avec un champion toutes catégories qui, quand il parle pétanque notamment, sent bon l’assurance tous risques. Assurantourix, mais oui, bien-sûr, c’est lui. C’est Jean-Pierre Mas, savant mélange du leader Astérix et du druide Panoramix, qui va nous délivrer les secrets de cette fameuse potion magique, celle qui permet de relever, et surtout de gagner, tous les défis de la vie. Morceaux choisis d’un échange informel avec un ambassadeur d’une pétanque qui sentait bon l’Aveyron, une pétanque en voie de disparition, une pétanque qui faisait encore honneur aux gentlemen des cadres.

Propos recueillis par Cyrille COSTES
Journaliste

Dans les pas de Jean-Pierre Mas, cet « Assurantourix » qui va nous délivrer les secrets de sa potion magique.

Pétanque 12 : Bonjour Jean-Pierre. Comment vont le joueur de boules, l’agent général du monde des assurances, le candidat à la future équipe municipale et le chef de la famille Mas ?
Jean-Pierre Mas : Et ben, dis-donc, ça attaque fort. Le joueur de boules, il est comme tous ses compères, il est au chômage pas partiel mais total. Le professionnel, il goûte à un retour dans sa ville natale. Il a vendu ses portefeuilles clients particuliers qu’il gérait à Bagnols-sur-Cèze. Il a conservé une petite agence à Juvignac dans l’Hérault et il a opté pour le télétravail pour gérer, depuis Millau donc, ses clients qui sont des grosses entreprises. Quant au candidat au poste de conseiller municipal, il attend. Il attend de connaitre la date du report du second tour. Il attend surtout de voir si les 65 voix qui ont manqué au premier tour seront cette fois au rendez-vous pour faire de moi le 3e adjoint, en charge des Sports, à condition que ma liste l’emporte. Si je dois être élu dans l’opposition municipale, je ne suis pas sûr d’avoir envie de relever le challenge. Quant au chef de famille, il est heureux. Il a fait construire une maison sur le terrain de la propriété familiale. Et il est content que sa fille, son gendre et la petite Louise aient décidé de venir s’installer, à nos côtés, dans la maison qu’occupaient mes parents.

Quand on parle des grandes figures de la pétanque aveyronnaise, ton nom n’arrive jamais dans les premiers. Des fois, il n’arrive même pas du tout. Pourtant tu es un des Aveyronnais les plus capés ?
13 titres de Champion d’Aveyron dont 6 en triplettes qui reste l’épreuve phare, 6 en doublettes et un en tête-à-tête, 1 titre de Champion de Ligue doublettes , 15 participations aux différents Championnats de France avec un quart-de-finale en 2005 avec Laurent Morillon, sans oublier près d’une cinquantaine de Nationaux partagés…, j’en souhaite vraiment autant à tout le monde. En tout cas, moi, ça me réjouit et ça me suffit amplement.

En près de 45 ans de carrière, tu as connu de nombreux partenaires notamment à l’occasion de Nationaux que tu as longtemps galopés. Quels sont ceux avec qui tu t’es le plus régalé ?
J’en citerai 5. Alain Legall, Bernard Rouquayrol, Richard Fauvet, Laurent Morillon et Maxime Vanel.

S’il te fallait les décrire, chacun d’eux en quelques mots, ça donnerait quoi ?

« Laurent Morillon ? Un phénomène. Le plus fort avec qui j’ai joué ».

Alain, c’est le premier qui a su me faire et me donner confiance, le premier avec qui j’ai eu des résultats. Bernard, c’est mon ami, c’est le parrain de ma fille, c’est celui avec qui j’ai passé le plus de temps sur les terrains. C’est un tireur hors pair qui a su marier caractère et élégance. Un Monsieur. « Kéké » (Ndlr, Richard), c’est quelqu’un qui s’est assagi et qui gagne à être connu. Quelqu’un d’adorable, qui a du coeur. Quelqu’un avec j’ai gagné mon premier titre en triplettes, lui aussi c’était son premier. Laurent, c’est un phénomène. Techniquement, c’est le plus fort avec lequel j’ai joué, le seul qui était Champio de France Senior. Un bonhomme qui a aujourd’hui pris du recul avec le jeu pour se rapprocher de la « Fédé ». Quant à Maxime, on a des rapports très particuliers. C’est celui avec lequel je suis resté le plus proche et nos iens sont indéfectibles. Je le considère comme mon propre fils.

Tu es plutôt Nationaux ou plutôt Championnats ? Plutôt doublettes ou plutôt triplettes ?
Quand j’étais jeune, j’étais plutôt Nationaux. Sortir, vadrouiller, aller à la rencontre des meilleurs joueurs français du moment, c’est toujours intéressant, non ? Je me rappelle de ma premièere finale en doublettes avec Alain Legall au National de Millau, de ma première victoire avec le même Alain à celui de Saint-Affrique. Et que dire de celui de Saint-Juéry remporté avec Bernard Rouquayrol, on avait été tout simplement « énormes ». Donc au début, je prenais plus de plaisir dans les Nationaux en doublettes. En prenant de l’âge, les choses évoluent. J’ai pris conscience de l’importance que pouvaient véhiculer des compétitions style championnats. Les joueurs en parlent longtemps à l’avance, les équipes sont montées pour les championnats, ce sont des rendez-vous qui portent des valeurs à la fois évènementielles, traditionnelles ou encore festives. Et le top du top, c’est le triplettes. Aujourd’hui, cette épreuve représente beaucoup à mes yeux.

Bernard Rouquayro. L’ami et le partenaire avec qui il a passé le plus de temps sur les terrains de boules.

Qu’est-ce que ça te fait de ne pas pouvoir défendre ton titre, justement, en triplettes ?
Malheureusement, ce n’est pas la première fois. C’était déjà arrivé en 2007 et même une autre fois auparavant. Cette année, Maxou (Ndlr, Maxime Vanel) ne voulait plus, ne pouvait plus jouer à Creissels. Je n’ai aucun souci avec lui et on reste très proches. Je pense même que dans l’avenir plus ou moins proche, on rejouera ensemble.

Quel est ton avis sur l’évolution de la pétanque ?
Je suis un brin nostalgique. Je me souviens de l’époque où il y avait moins de concours et où, nous Sudistes, l’on se déplaçait sur Rodez ou dans le Bassin. A l’inverse, les Nord-Aveyronnais venaient nombreux à la gare de Millau pour des concours qui en valaient vraiment le coup. La qualité du plateau, le nombre d’équipes inscrites…, autant de critères qui font la valeur d’un concours et qui n’avaient pas grand chose à voir avec ce que l’on trouve aujourd’hui. Aujourd’hui, je pense qu’il y a trop de compétitions, quasiment plus aucune date n’est libre. Je pense que les championnats de clubs ont leur responsabilité dans ce constat. Et puis il y a aussi la place prise par l’argent. La pétanque est devenue un sport semi-professionnel pour une catégorie de joueurs dont le nombre grandit de plus en plus.

Quel a été le principal moment fort de ces plus de 40 ans de « carrière » ?
Aussi surprenant que cela puisse paraitre, je dirai mon titre de Champion d’Aveyron en tête-à-tête en 1990 à Capdenac. Il est important car il m’a permis d’être vu différemment. Jusqu’alors, Jean-Pierre Mas était surtout considéré comme le parfait coéquipier. Mais j’aimerais aussi citer quelques autres grands moments. A savoir ma première victoire dans un National avec Alain Legall à Saint-Affrique et ce vu la qualité du plateau présent. Il y aussi ma finale en 1982 au premier National de Millau, où l’on avait notamment battu Passo – Salvador, avec le même Alain. Sans oublier mon premier titre doublettes en 1985 à Laissac avec Bernard Rouquayrol. Et enfin mes 2 premiers titres en triplettes avec mes amis « Kéké » Fauvet en 1996 et « Maxou » en 2015.

«  »Maxou », c’est comme un fils pour moi. Nos liens sont indéfectbles. Il ne pouvait plus jouer à Creissels mais je sais qu’un jour, on rejouera ensemble ».

Venons-en maintenant à une autre facette du savoir-faire de Jean-Pierre Mas, celle de l’homme organisateur. Cinq après la mort du Mondial de Millau, la pilule est-elle avalée ?
Ah oui, complètement. Je n’éprouve ni haine ni revanche à l’égard de qui que ce soit. L’équipe de Millau Pétanque Promotion a été victime des foudres d’une administration, un point c’est tout. La page est tournée et avec le recul, je me demande même si ce n’est pas mieux ainsi. Le Mondial de Millau ne pouvait aller ni plus haut ni plus loin. Il était au sommet de son art. Nous sommes partis en pleine gloire. Je suis hyper fier de ce que cette équipe, d’abord autour de Damien, ensuite autour de notre bande des 4 co-présidents, a été capable de faire.

Verra-t-on un jour, à nouveau, Jean-Pierre Mas aux commandes d’une autre manifestation ?
Il ne faut jamais dire jamais mais, franchement, je ne crois pas. Dans la vie, il faut avancer. Or, je ne vois pas vraiment ce qu’on peut faire de mieux par rapport à ce qui a été proposé pendant plus de 30 ans à Millau. Franchement, je n’en vois pas l’intérêt.

Damien puis Jean-Pierre. La famille Mas, c’est plus de 30 ans à la tête du Mondial de MIllau, la plus grande épreuve qua connue la planète pétanque.

Donc, si je résume. A l’avenir, si on entend encore parler de Jean-Pierre Mas, il sera question soit du joueur soit du Millavois qui s’investira au profit de sa ville ?
Effectivement, c’est à peu près ça. A pétanque, des ambitions sont encore là et j’étais content de m’être fait embauché par ces 2 jeunes que sont Dorian (Ndlr, Guilhem) et Nicolas (Ndlr, Pawlowski). Nicolas est quelqu’un de très adroit. Quant à Dorian, il a cette capacité à pouvoir se sublimer en championnat. C’est quelque chose qui me plait. Malheureusement, la catastrophe qui s’est abattue sous forme de cette épidémie fait que il faudra attendre pour essayer de commencer à écrire un nouveau chapitre à une aventure qui est déjà longue.

Et concernant la politique ?
Je ne fais pas de politique. Je préfère parler d’investissement auprès des Millavois et de leur ville. La preuve, c’est que, quelque soit le verdict du second tour à Millau, ma position sur la liste à laquelle j’appartiens me garantit une présence au sein du prochain conseil municipal. Mais si je dois faire partie de l’opposition et devoir me battre pour défendre des projets qui ne seront jamais votés, cela ne m’intéresse pas. J’ai des idées, nous avons des idées. J’espère simplement que la tendance enregistrée après le premier tour ne va pas s’inverser et que le report du vote final ne va pas profiter au maire sortant qui, du coup reste pour l’instant aux affaires.

Tu nous parles de projet. Depuis la première heure, tu es un fidèle abonné au site « Pétanque 12 ». Tu as donc forcément entendu parler de celui d’un futur boulodrome couvert à Rodez. Si tu avais été sollicité pour faire partie d’une équipe d’experts missionnée pour porter ce projet, quelle aurait été ta réponse ?
Bien sûr que sur le principe, je trouve l’idée intéressante. Parce que si j’ai bien compris, ce boulodrome a beau être implanté à Rodez, ses caractéristiques, ses dimensions et autres atouts en feraient une véritable vitrine du sport pétanque aveyronnais. Monter une équipe resserrée et diversifiée à laquelle j’aurais pu apporter mon vécu et mon expérience m’aurait fait plaisir. Le problème, c’est que je te l’ai dit tout à l’heure. Je ne suis pas encore à la retraite. Je télétravaille depuis mon domicile millavois et je reste président du Syndicat Régional des Agents d’Assurance Allianz dans le Sud-Est. Ajoutez à cela, un éventuel poste de 3e adjoint en charge des Sports dans la future équipe municipale et tu comprendras que mes journées sont déjà bien occupées. Sans oublier, évidemment, l’association Ilona qui nous occupe, mon épouse Sophie et moi, tout au long de l’année.

Tu peux nous dire un mot, justement, sur Ilona ?
Bien-sûr. Il s’agit d’une association qui a été créée en 2006 et qui vient en aide aux familles du monde de la pétanque en leur apportant des aides, financières ou matérielles, et ce grâce aux dons récoltés. Depuis maintenant près de 15 ans, ce sont ainsi 150 qui ont été aidés. Actuellement, nous traitons 12 à 15 dossiers par an grâce, notamment, à la convention signée en 2018 avec la Fédération alors présidée par Michel Desbois. Ce fut le dernier combat de cet homme aujourd’hui décédé. Grâce à lui, la Fédération verse chaque année à l’association 1 euro par joueur participant aux divers Championnats de France que ce soit à pétanque ou au jeu provençal. Cela fait des sous et donc, forcément, du boulot. Enfin, Ilona c’est ce fameux Trophée qui, lancé à Millau, a aujourd’hui été repris par Robert Costes et l’International d’Espalion. Comme le savent les Aveyronnais, il s’agit d’un tournoi disputé en triplettes opposant des équipes associant une star, un partenaires et un jeune.

Allez, dernière question. As-tu une anecdote à nous faire partager ?
Ah oui, je n’en manque pas. La première qui me vient à l’esprit remonte à déjà longtemps. C’était en 1984, nous étions partis, Bernard Rouquayrol et moi, disputer le National doublettes de Hérépian, dans l’Hérault. Je ne sais plus à quelle partie, nous étions opposés à une équipe composée d’un dénommé Pégourié et du Toulousain Puddu. Il faisait une chaleur pas possible et nous ne jouions pas bien du tout. A 1 à 9, ou 1 à 10, j’ai demandé l’autorisation de m’absenter 2 minutes pour aller soulager une envie pressante. En fait, je me suis absenté 10 bonnes minutes. J’ai été jusqu’à la voiture et je me suis changé de A à Z. Des chaussures jusqu’à la chemise en passant par le pantalon. Je suis revenu sur le terrain méconnaissable, tout de blanc vêtu. Je suppose que cela a perturbé nos adversaires. Ils se sont mis à moins bien jouer, nous à faire le plein. La partie a été renversée et nous l’avons finalement emporté. Le lendemain, nous partagions en demi-finale avec Passo – Salvador.

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